Pourquoi le sous-marin nucléaire a éperonné un chalutier

Par Ludovic BLECHER , le 12 février 2001 à 13h10 , mis à jour le 10 février 2001 à 11h24

Au Japon, la presse et l'opinion publique se demandent comment un "sous-marin qui possède tous les équipements de détection" a pu entrer en collision avec un chalutier ? Pour tf1.fr, un ancien sous-marinier français détaille les causes possibles de ce drame.

sous marin us © INTERNE


Le navire-école japonais-
L'espoir de retrouver vivants les neuf marins du chalutier-école japonais Ehime Maru coulé vendredi après une collision avec un sous-marin américain s'étant évanoui, l'heure est aux interrogations sur cet "incroyable accident". Seules 26 des 35 personnes à bord ont été sauvées parce qu'elles étaient probablement sur le pont lorsque le sous-marin à propulsion nucléaire Greeneville est remonté à la surface et a heurté le navire. Les neuf disparus, dont trois élèves de 17 ans, sont sans doute restés coincés dans le navire-école et ont probablement coulé avec lui dans le Pacifique, au large d'Hawaï.

Remontée d'urgence

La presse et l'opinion publique se demandent maintenant comment un "sous-marin qui possède tous les équipements de détection, comme des sonars et des radars, n'a pas aperçu l'Ehime Maru". Erreur humaine, défaillance technique ? Les américains ont diligenté une enquête et le commandant Greeneville a reçu une nouvelle affectation – provisoire. Ce matin, la conseillère pour la sécurité nationale américaine Condoleezza Rice a toutefois déclaré qu'il n'y avait pas pour l'instant de preuve que le sous-marin n'ait pas respecté les procédures de remontée à la surface.

Si l'enquête confirme que tout a été fait dans les règles qu'a-t-il donc bien pu se passer ? "Lorsqu'un sous-marin effectue une remontée en urgence, ce qui a été le cas, on fait un tour d'horizon sonar puis on largue une bouée fumigène avant de donner l'ordre de faire surface, explique Ian Mc Dowell, ancien sous-marinier dans un bâtiment français joint par tf1.fr. Et lorsqu'un bâtiment de surface aperçoit ce fumigène, généralement rouge, il s'écarte de 200 mètres. C'est une procédure enseignée dans toutes les écoles de navigation". Selon, lui il y a donc trois hypothèses pour expliquer le drame du Ehime Maru : "soit le fumigène n'a pas fonctionné, soit il s'est retrouvé coincé sous le bâtiment qui était en surface, soit celui-ci ne l'a pas repéré".

Une partie de golf pas véritablement appréciée

Cette dernière hypothèse apparaît d'autant plus incertaine que les conditions météo et visuelles étaient excellentes. La thèse d'un fumigène n'ayant pas fonctionné ou coincé sous la coque semble donc la plus probable. Ian Mc Dowell affirme cependant à tf1.fr que les procédures avaient jusqu'à présent démontré une fiabilité certaine : "Les accidents que j'ai constaté – deux ou trois en cinq ans de service - ont eu lieu lors de procédures de surface au périscope. Par contre, après avoir quitté la marine, j'ai servi comme officier de l'administration des douanes chez les gardes côtes à Ajaccio en temps que commandant de vedette. Or, dans les bouches de Bonifacio, il y a avait de nombreux sous-marins militaires qui croisaient et, de 82 à 98, il n'y a jamais eu d'accident. Les américains respectaient parfaitement les procédures de sécurité et celles-ci ont montré leur efficacité".

En attendant de faire toute la lumière sur l'enchaînement qui a mené à la catastrophe, le Premier ministre japonais Yoshiro Mori a demandé que les "Etats-Unis fassent leur maximum pour remonter" ou fouiller l'épave du navire, qui repose par 550 mètres de fond. Une requête à laquelle Washington n'a pas encore apporté de réponse alors que l’accident intervient au plus mauvais moment pour le Japon et les Etat-Unis. Les relations nippo-américaines se sont en effet déjà tendues ces derniers jours avec le tollé provoqué par le commandant des forces américaines sur l'île d'Okinawa, Earl Hailston, qui a qualifié d'"idiots" et de "poules mouillées" des responsables politiques japonais. Le général a présenté jeudi ses excuses mais l'affaire a encore accru l'irritation de la population d'Okinawa, où sont déployés la majorité des 47.000 soldats américains stationnés au Japon. L'accident de ce week-end a également des répercutions nationales au Japon car la presse et certains hommes politiques ont critiqué le Premier ministre Mori pour avoir poursuivi une partie de golf après avoir été averti de la collision. Or, Yoshiro Mori est déjà l'un des plus impopulaires Premiers ministres de l'après-guerre au Japon...

Par Ludovic BLECHER le 12 février 2001 à 13:10
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