Qui a peur d'Ariel Sharon ?

Par Léonard VINCENT , le 02 février 2001 à 17h09 , mis à jour le 02 février 2001 à 18h01

Auréolé de la glorieuse équipée de la guerre du Kippour, mais entaché par les massacres de Sabra et Chatila autant que par ses manières abruptes, le chef du Likoud se présente devant les électeurs israéliens comme un homme d'expérience, ferme et nationaliste, complice et rassurant.

La paix selon Sharon © INTERNE

La carte maître serait ce gentleman farmer bonhomme et rassurant qui connaît le sens des mots unité, paix et sécurité.

Son staff de campagne a fait ce qu'il fallait pour qu'Ariel Sharon soit associé à une imagerie bucolique et familiale, dont la carte maître serait ce gentleman farmer bonhomme et rassurant qui connaît le sens des mots unité, paix et sécurité. Les spots télévisés du Likoud montraient papy "Arik" sur fond de champs prêts pour la moisson, son petit-fils joyeusement juché sur ses épaules. Désorientés par le soulèvement palestinien, épuisés par la terreur que font régner Hamas et Jihad islamique dans les villes israéliennes, las de l'ombrageux et malhabile Ehud Barak, les Israéliens plébiscitent cet homme de 72 ans, né en Palestine de parents biélorusses, certains, sans doute, qu'Ariel Sharon ressemble à ce qu'ils désirent être.

Une nouvelle attitude, un programme flou

On connaît mal son programme, bien que les grands aspects de son attitude vis-à-vis des Arabes sont désormais notoires (Cf. notre article "L'avenir de la paix selon Ariel Sharon"). Volontairement elliptique, Ariel Sharon table essentiellement sur son expérience militaire, puis ministérielle, pour asseoir le sentiment de sécurité qu'il inspire. "Je connais bien les Arabes, aime-t-il à répéter, et ils me connaissent bien". Pugnace, volontiers rouleur de mécaniques, il s'est fait le champion du Grand Israël et de "l'unité de Jérusalem", sur laquelle il dénie tous droits aux Palestiniens.

Il reste que sa réputation de chef militaire farouche et cynique, après lui avoir porté chance, est devenu un handicap, après qu'il eut lancé, contre l'avis des politiques, la désastreuse campagne de Tsahal au Liban, en 1982. Des milices chrétiennes commettront alors, avec sa bénédiction, les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, ce qui obligera ce général en retraite devenu ministre de la Défense à quitter le gouvernement. Même une commission d'enquête officielle israélienne conclura à sa "responsabilité indirecte" dans ce lamentable épisode de l'histoire militaire. Et l'officier parachutiste Sharon, ancien chef de l'unité de commando 101, adepte des exécutions arbitraires et des opérations punitives, a alors attendu que l'heure arrive pour son retour.

Les Palestiniens, qu'est-ce que c'est ?

Ariel Sharon, qui traitait encore récemment Yasser Arafat de "menteur" et d'"assassin", a toujours considéré que la patrie des Palestiniens est la Jordanie, même s'il s'est fait peu à peu à l'idée qu'un Etat puisse leur être confié sur moins de la moitié de la Cisjordanie, et sans accès aux ressources en eau. Fervent défenseur du maintien des colonies de peuplement juives, il n'en a pas moins fait évacuer manu militari les implantations du Sinaï après la signature d'un accord de paix avec l'Egypte, en 1982. De même a-t-il joué un rôle actif, en 1998, lors de l'évacuation d'Hébron, alors qu'il était le ministre des Affaires étrangères de "Bibi" Nétanyahou.

Le brillant général avait réussi à percer les lignes de l'armée de Sadate.

C'était pourtant lui, le brillant général de Tsahal qui, lors de la guerre d'octobre 1973, avait réussi contre tout attente à percer les lignes de l'armée de Sadate, à pénétrer en terre africaine jusqu'au canal de Suez, pour précipiter la victoire israélienne sur ses agresseurs, après avoir encerclé la 15è Armée égyptienne. D'aucuns voient dans sa visite tonitruante sur l'Esplanade des Mosquées — ou Mont du Temple —, le 28 septembre dernier, l'ultime calcul de ce fin tacticien, qui, cinq mois plus tard, se trouve aux portes du pouvoir. Comme si son but avait toujours été d'ouvrir un chemin au lance-flammes pour gouverner Israël.

Par Léonard VINCENT le 02 février 2001 à 17:09
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