Report du procès du cyber-dissident chinois Huang Qi

Par Léonard VINCENT , le 13 février 2001 à 16h22 , mis à jour le 12 février 2001 à 16h48

Au tribunal civil de Chengdu, dans la province chinoise du Sichuan, le procès du cyber-dissident Huang Qi a été reporté, après 256 jours d'une détention éprouvante. L'état de santé de ce cyber-dissident de 36 ans ne permettait pas la tenue des audiences. Huang Qi risque la prison à vie.

Huang Qi, filleul de tf1.frAu 1er janvier, 107 journalistes étaient également emprisonnés pour avoir simplement exercé leur métier. Parmi eux, le cyber-dissident chinois Huang Qi, dont tf1.fr est le parrain. Arrêté en 2000 puis condamné pour " subversion " et " incitation au renversement du pouvoir de l'Etat ", il doit normalement être libéré le mois prochain. © INTERNE

Aucun diplomate étranger ne sera autorisé à assister aux audiences, "secrets d'Etat" obligent.

"Huang Qi est accusé d'avoir voulu diviser la nation et renverser le pouvoir politique de l'Etat". L'acte d'accusation de la police de Chengdu, dans le sud-ouest de la Chine, charge le webmaster du site http://www.6-4tianwang.com de rien de moins. Huang Qi a comparu mardi devant le tribunal intermédiaire de sa ville. Malgré les demandes de plusieurs ambassades occidentales à Pékin, aucun diplomate étranger ne sera autorisé à assister aux audiences, "secrets d'Etat" obligent. Sa femme elle-même n'a pas été autorisée à entrer dans la salle d'audience. Mis au secret, battu, défendu grâce à des dons anonymes, cet ingénieur en informatique de 36 ans, marié et père d'un petit garçon, risque la prison à vie. Mais, considérant son état de santé trop mauvais pour faire face à ses juges, la cour a reporté à la semaine prochaine la première journée d'un procès attendu depuis 256 jours.

Son seul tort est d'avoir laissé publier sur un forum des informations politiques, portant notamment sur les dissidents, le mouvement séparatiste au Xinjiang, la secte interdite Falungong ou encore demandant la révision du verdict officiel sur les manifestations pro-démocratiques qui avaient conduit à la répression sanglante de juin 1989. Aucun des articles incriminés n'avait toutefois été écrits par Huang Qi : ils avaient été envoyés sur le site par des 

L'association Reporters sans frontières propose aux médias qui le désirent de parrainer un journaliste emprisonné. tf1.fr s'est associé à cette initiative, en prenant en charge le cas de M. Huang Qi. Les parrains s'engagent à lancer un appel en direction de leur public, pour faire pression sur les gouvernements qui emprisonnent abusivement des journalistes.
internautes chinois. La justice lui reproche notamment d'avoir laissé publier une lettre ouverte de Ding Zilin, père d'un lycéen tué pendant le massacre du second printemps de Pékin, que les autorités s'obstinent à considérer comme un simple "incident contre-révolutionnaire".

Huang Qi est-il responsable ?

Contactés par tf1.fr, les responsables du site, basés aux Etats-Unis, endossent la responsabilité de ce qui a été publié. "Nous avons publié un communiqué assumant la pleine responsabilité des contenus du site et des BBS, hébergés en Amérique depuis avril 2000", soit deux mois avant l'arrestation du jeune internaute, nous a indiqué le correspondant de 6-4tianwang.com. Sans droit de visite, son épouse attend ce mardi 13 février pour revoir son mari pour la première fois depuis juin. Ses amis, qui ont pris sur eux de continuer à animer son site, ont finalement pu réunir assez d'argent pour financer sa défense, assumée par "deux bons avocats", selon le webmaster actuel de son site. Toujours dans la ville de Chengdu, logée chez ses parents, "elle n'a pas eu le courage de raconter à son fils de 9 ans ce qui est arrivé à son père, a-t-il également raconté à tf1.fr. Mais elle est très forte".

Une de ses dents est cassée. Il porte une cicatrice sur le visage.

Depuis le 3 juin 2000, jour de son arrestation, suivie en direct par des internautes qui correspondaient par chat avec Huang Qi, celui-ci n'a toutefois pu voir ses défenseurs que deux fois. En juillet, il est transféré du centre de détention n°2 au centre de détention n°1 de Chengdu. En septembre, il est battu. Une de ses dents est cassée. Il porte une cicatrice sur le visage. Les seules nouvelles parviennent à sa femme sur les accusés de réception des mandats qu'elle lui envoie, puisqu'en prison tout est payant. Un mot griffonné à la hâte, "Je vais bien", rien de plus.

Par Léonard VINCENT le 13 février 2001 à 16:22
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