© INTERNE"Israël : Sharon, un Premier ministre dangereux ?"
Cette semaine en couverture de Courrier international
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Mais l’un comme l’autre sont des Israéliens de la nouvelle génération, un pied sur l’accélérateur et l’autre... en Amérique. L’un est un républicain "bushiste", l’autre un démocrate "clintonien", et, dans le fond, leur consistance idéologique est presque nulle. Nétanyahou a été persécuté par un père idéologue aigri qui était franchement de droite : à mesure que "Bibi" s’émancipait de cette tutelle, il a tendu à n’être plus grand-chose ; Barak vient du kibboutz et de l’armée, il est vaguement de gauche.
Mais l’explosion du processus de paix, depuis septembre 2000, a ramené brutalement tout le peuple d’Israël à la Grande Epoque : celle où Nasser commandait à la rue arabe des émotions qui pouvaient déboucher sur la guerre ; celle où Arafat incarnait encore le combat d’une nation en formation, du Nil à l’Euphrate, du Caire à Bagdad ; celle où le premier choc pétrolier matérialisait en quelques jours la dépendance de l’Occident vis-à-vis de la véritable richesse arabe et engageait l’Europe entière, guidée par la France (et en sous-main le Royaume-Uni), vers un renversement définitif de ses alliances en Orient.
Quant à "Arik" Sharon, brillant et brutal officier parachutiste, il était également un protégé de Dayan et de Ben Gourion, et un compagnon de route du Parti travailliste. |
Devant un monde qui vacille, où les start-up s’effondrent à la Bourse, les démocrates sont battus à Washington et les Arabes ne veulent toujours pas, derrière un Arafat requinqué, reconnaître à Israël un droit inaliénable à l’existence, les sondages le montrent, Sharon et Pérès sont à égalité, mais aussi, une génération, une posture, qui leur est paradoxalement commune, est plébiscitée.
Mais Arik Sharon doit aussi savoir qu’il est depuis plusieurs mois le candidat des Arabes opposés au processus de paix. Ce n’est pas seulement un Barak parfois maladroit et obscur dans ses propos qu’Arafat a voulu humilier et sortir de la scène. Le président de l’Autorité palestinienne vient de réitérer le même geste avec Shimon Pérès, à Davos, s’abstenant tout juste pour l’instant d’accuser Israël d’avoir provoqué la maladie de la "vache folle". Sharon sera universellement présenté comme "le boucher de Sabra et de Chatila", ce massacre de Palestiniens au Liban qui fut opéré, avec son consentement tacite et opérationnel, par deux hommes, Elie Hobeïka et Dib Anastase, qui sont entre-temps devenus les affidés chrétiens les plus proches du pouvoir damascène et de la famille Assad. Mais, Israël étant une démocratie, Sharon fut puni quand ses alliés d’un jour étaient récompensés par la Syrie. Et cette punition méritée sera brandie tout de suite pour invoquer un isolement total d’Israël, par ceux qui, dans le monde arabe, ont voulu en arriver là, sans aucun doute pour ébranler durablement la présence américaine dans la région, bien plus encore que pour rétablir un cordon sanitaire autour d’Israël.
Il souhaite évidemment gouverner dans une formation d’union nationale et a même indiqué que Barak ferait, à ses yeux, un excellent ministre de la Défense. |
Si Sharon n’a rien oublié de l’expédition de Beyrouth, il sera la figure complémentaire d’un Arafat revenu à sa rhétorique d’antan. Si Sharon a percé à jour la subtile équation qui le fait roi dans un temps si assombri, il peut donner à Israël les moyens de la résistance aujourd’hui qui seront ceux de la paix de demain, avec un monde arabe où la nécessité d’accepter Israël et un plan très semblable à celui proposé par le président Clinton s’imposeront au bout du compte.
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