Slobodan Milosevic insensiblement placé sous surveillance

Par Léonard VINCENT , le 01 février 2001 à 15h44 , mis à jour le 01 février 2001 à 16h04

Une semaine après la visite de Carla Del Ponte à Belgrade, Slobodan Milosevic a été placé sous surveillance policière permanente. Même si la vie quotidienne de l'ancien président yougoslave ne changera pas radicalement, le gouvernement de Vojislav Kostunica a bel et bien changé d'attitude à son égard.

Comment Milosevic détourne les sanctions © INTERNE

"Il est gardé par une unité spéciale de la police serbe, comme cela était le cas pendant qu'il exerçait ses fonctions"
Dusan Mihajlovic

Les policiers chargés jusqu'à ces jours-ci de veiller à la protection de Slobodan Milosevic ont été désormais chargés de sa surveillance. Ce n'est pas un simple raccourci sémantique que le ministre serbe de l'Intérieur a annoncé jeudi à la mi-journée, c'est peut-être le signe d'un changement de cap radical de Belgrade vis-à-vis de l'ancien président yougoslave. Dusan Mihajlovic, répondant à la question d'un journaliste, a révélé que le président déposé le 5 octobre dernier par la rue avait été placé "sous surveillance 24 heures sur 24". "Il est gardé par une unité spéciale de la police serbe, comme cela était le cas pendant qu'il exerçait ses fonctions", a nuancé le ministre, n'empêchant pas la presse d'interpréter le changement de vocabulaire du gouvernement yougoslave comme un gage de sa volonté de coopérer avec le Tribunal pénal international.

Depuis le 5 octobre en effet, la famille Milosevic était restée tapie au fond de sa villa du quartier chic de Dedinje, n'effectuant que des sorties officielles, à l'occasion du congrès du Parti socialiste de Serbie pour monsieur, ou celui de la Gauche yougoslave pour madame. Officiellement, Slobodan Milosevic, craignant d'être livré à La Haye, bénéficiait d'une protection rapprochée, garantie au lendemain de la prise du parlement de Belgrade par le nouveau président Kostunica. Mais le gouvernement du Premier ministre Zoran Djindjic semble avoir changé de point de vue et être décidé à donner des gages à la communauté internationale, qui le presse de toutes parts pour que Slobodan Milosevic paraisse rapidement devant les juges de l'ONU.

Polémique pour un homme reclus

L'Union européenne avait officiellement signifié au président Kostunica, mercredi, que la présidence suédoise des Quinze "attendait une extradition de Milosevic", dans le cadre des engagements internationaux de la Yougoslavie nouvelle. Le président yougoslave avait aussitôt demandé "un peu de compréhension et de patience", afin d'obtenir un procès de l'ancien dictateur "sur des bases légales". Vojislav Kostunica conteste en effet l'équité des jugements rendus par le TPI, la constitutionnalité d'une telle extradition, tout en insistant pour dire que la mise en jugement de Milosevic n'était pas "une priorité". Reconstruire la Yougoslavie d'abord, faire face au passé, s'il y a lieu, après.

Reconstruire la Yougoslavie d'abord, faire face au passé, s'il y a lieu, après.

Sans doute est-ce le souhait de beaucoup de Serbes, aujourd'hui. L'opposition, toujours officiellement menée par M. et Mme Milosevic à la tête de leur parti respectif, est toujours présente dans les rouages de l'Etat et les organes législatifs. Un responsable de la Gauche yougoslave a même dénoncé mercredi un complot de l'Etat visant à "enlever et liquider" Slobodan Milosevic, lequel reste soutenu par une frange de la population. Une économie en ruines, une coopération difficile avec la communauté internationale et un peuple désireux de ne pas être traité en coupable, tout cela concourt à ce que le pouvoir n'avance qu'à petit pas.

Par Léonard VINCENT le 01 février 2001 à 15:44
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