© INTERNELa décision des Taliban de détruire toutes les statues en Afghanistan suscite l’indignation dans le monde entier. Chef charismatique des "étudiants islamiques" (taliban) au pouvoir à Kaboul, le mollah Mohamed Omar a indiqué mardi que "garder ces statues serait contraire à l’Islam" alors que les "détruire est une injonction de l’Islam". "Nous ne faisons que casser des pierres", a-t-il affirmé.
"Une catastrophe culturelle mondiale"
Cette démarche iconoclaste (du grec eikonoklastês, briseur d’images) stupéfait d’autant plus qu’elle remet en cause les précédents décrets du mollah ordonnant la protection des œuvres d’art en Afghanistan. Ce pays, "situé à un carrefour des anciennes routes de la soie, dispose d’un patrimoine culturel unique qui reflète une histoire marquée par les influences multiples de la Perse, de la Grèce, de l’Hindouisme, du Bouddhisme et de l’Islam", a rappelé lundi l’Unesco dans un communiqué dénonçant ces destructions. Les deux plus grands bouddhas debout du monde (55 m et 38 m), sculptés au Ve siècle après J-C dans une falaise à Bamiyan, à l’Ouest de Kaboul, avaient déjà été gravement endommagés : peintures murales recouvertes de graffiti pour l’un, tête démolie pour l’autre, fresques découpées et vendues illégalement hors du pays…Ce site, contrôlé par l'opposition dirigée par le commandant Massoud, a été repris par les Taliban à la mi-février.
"Toutes les statues
Depuis l’annonce de Mohamed Omar, les réactions d’indignation se sont multipliées dans le monde. En Thaïlande, un des plus grands pays bouddhistes, le porte-parole des Affaires étrangères, Pradap Pibulsonggram, a estimé que les destructions seraient "une perte pour l’Afghanistan et l’humanité" en même temps qu’une atteinte à leur potentiel touristique. Selon Kotatsu Fujita, spécialiste japonais du bouddhisme, bien que les statues soient en Afghanistan, "elles font partie du patrimoine de l’humanité". "C’est une catastrophe culturelle mondiale", a déploré pour sa part Zemar Tarzi, ancien directeur général de l’archéologie et conservateur des monuments historiques afghan, qui enseigne aujourd’hui à l’université de Strasbourg.
restant en différents
endroits du pays
doivent être
détruites parce
qu'elles représentent
les dieux des
infidèles",
Mohamed Omar.
Le décret du mollah a été pris au moment où une délégation internationale est arrivée en Afghanistan pour enquêter sur la destruction d’œuvres d’art du musée de Kaboul, dont un bouddha assis datant d’environ 2.000 ans. Une destruction démentie par le ministre de la Culture Qudrattullah Jamal, qui n’avait pourtant pas permis lundi à la délégation d’accéder au musée. Jean-Yves Berthaut, chargé d’affaires français pour l’Afghanistan qui faisait partie du groupe, a estimé qu’il y avait "peu de chances de voir le mollah revenir sur cette décision". "Il faut sensibiliser d’urgence l’opinion mondiale face à cette action inadmissible", a déclaré Zemar Tarzi.
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