Uranium appauvri : 20 millions de dollars pour mettre fin aux doutes

Par Franck LEFEBVRE , le 01 février 2001 à 17h02 , mis à jour le 01 février 2001 à 17h34

Une étude d'experts de l'OMS envoyés dans les Balkans conclut à l'absence de conséquences de l'uranium appauvri sur la santé de la population. Mais le nombre des sites inspectés est trop faible pour lever toutes les incertitudes. Pour cela, il faudrait une enquête d'envergure, dont le coût est estimé à 20 millions de dollars.

caporal desplat syndrome guerre golfe © INTERNE


Le professeur Durakovic, un pourfendeur
de l'uranium appauvri (à droite) -
En matière de santé publique, l’incertitude est le pire des maux. Un problème illustré de la façon la plus criante par le débat actuel sur l’utilisation d’uranium appauvri dans certains types d’armes. Premiers concernés : les missiles antichars les plus récents, qui contiennent une certaine proportion de ce métal pour accroître leur capacité à percer les blindages. L’uranium appauvri a-t-il un impact direct sur la santé des soldats utilisant ce type d’armement, et, au-delà, sur les populations civiles, comme le prétendent les autorités irakiennes et un certain nombre d’associations (comme Avigolfe) depuis les années 90 ? Est-il ni plus ni moins nocif que de la peinture au plomb, comme l’assurait, il y a peu, le secrétaire d’Etat américain à la Défense ? Faut-il, dans le doute, décider d’un moratoire, voire d’une interdiction de ces missiles, comme l’ont réclamé les autorités italiennes et le Parlement européen ? Dans le doute, divers pays ont lancé des campagnes de tests auprès de leurs soldats qui ont effectué des missions dans les Balkans.

Aucun effet sur la santé des populations

Saisie du problème, l'Organisation mondiale de la santé enquête. Jeudi, des experts de l'OMS ont annoncé à Pristina, à l'issue d'une mission au Kosovo, qu'ils n'avaient établi, jusqu'à présent, aucun lien entre l'exposition à l'uranium appauvri et les maladies contractées à la suite des bombardements de l'OTAN sur le Kosovo en 1999. Il s’agit de la deuxième étude scientifique concluant à l’absence de conséquence de l’uranium appauvri sur la santé des populations civiles. Mais elle reste limitée à un certain nombre de sites visités par les experts de l’OMS. Aujourd’hui, estimant qu'elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour mettre totalement fin à l'incertitude, l’OMS lance un appel à la communauté internationale pour financer un fonds d'urgence sur les effets de l'uranium appauvri en Irak et dans les Balkans.


Depuis 1991, Saddam Hussein accuse
les Etats-Unis -
L'OMS a besoin de 2 millions de dollars dans les six prochains mois. Cette somme devrait lui permettre de renforcer son expertise épidémiologique afin de mener des enquêtes sur le terrain et de recueillir les données nécessaires auprès des services de santé locaux. L'OMS aidera aussi les autorités des pays concernés à renforcer la surveillance de maladies comme les cancers. Ce montant initial doit s'inscrire dans le cadre d'un appel de fonds plus large de 20 millions de dollars pour couvrir les travaux de l'OMS dans les quatre prochaines années.

"Des centaines de milliers" de victimes irakiennes

En attendant, les pourfendeurs de l’uranium appauvri profitent de l’absence d’étude globale sur les conséquences sanitaires de ces types d’armes. L'Irak doit ainsi se doter d'un ministère de l'Environnement pour évaluer les dangers des munitions à l'uranium appauvri utilisées contre lui lors de la guerre du Golfe. L'Irak déplore la multiplication des cas de cancer et l'apparition de "maladies mystérieuses" dont sont victimes "des centaines de milliers" de ses habitants, qu'il attribue à l'utilisation par les Etats-Unis d'armes à l'uranium appauvri lors de la guerre du Golfe. Le 17 janvier, il a demandé à l'ONU d'ouvrir une enquête indépendante sur la question. Pour faire face à "la catastrophe", "il incombe de créer un ministère de l'Environnement ou une instance suprême (spécialisée) rattachée à la présidence" de la République, écrit l'hebdomadaire irakien Al-Zaman.

(Photo d'ouverture : l'ex-caporal Desplat, président d'Avigolfe, qui se dit victime du "syndrome de la guerre du Golfe")

Quelques liens utiles pour aller plus loin :

Uranium, uranium appauvri, effets biologiques (dossier du CEA)
La fabrication des armes à l'uranium appauvri
Le site de l’OTAN
Le site du ministère de la Défense
Le service de santé des armées
Le problème vu en Belgique : l’Etat de santé des militaires en mission à l'étranger

Par Franck LEFEBVRE le 01 février 2001 à 17:02
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