Wall Street et l'OPEP : deux épines pour Bush

Par Alexandre ADLER , le 15 février 2001 à 09h36 , mis à jour le 15 février 2001 à 09h57

Comme chaque jeudi, l'hebdomadaire Courrier international et tf1.fr vous proposent le Bloc-notes d'Alexandre Adler. Cette semaine, le chroniqueur évoque les deux grands dossiers industriels qui pourraient coûter cher à George W. Bush.

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"Mafias et contrebande : cigarettes, une crime organisé"
Cette semaine en couverture de Courrier international

George Bush va-t-il jouer sa présidence sur ses six premiers mois ? En apparence, rien de tel. Les nouvelles frasques de Bill Clinton viennent de lui redonner encore un peu plus de légitimité: en amnistiant le spéculateur pirate Marc Rich — qui s’était rendu coupable de commerce illégal avec l’Union soviétique naguère et avec l’Irak et l’Iran à des moments particulièrement sensibles —, Clinton a sans doute commis, à la dernière minute de sa présidence, l’acte irréparable qui permet rétrospectivement de juger sa politique dans son ensemble: insolente, malhonnête, tapageuse et méprisante de la morale commune. L’extrême droite ne s’était pas grandie en essayant de destituer le président pour une bagatelle grotesque; mais on s’aperçoit, avec l’amnistie de Rich, dont l’ex-femme a été l’une des principales contributrices de la candidature de Hillary Clinton à New York, que le précédent couple présidentiel n’a toujours pas le niveau éthique pour l’exercice des responsabilités auxquelles il aspire toujours. On ne sera donc pas davantage étonné d’apprendre que le Parti démocrate risque de se retrouver pour plusieurs années déchiré entre les partisans de Bill Clinton et ceux d’Al Gore, les deux hommes ayant eu une franche explication sur leurs attitudes respectives, également condamnables en vérité. Al Gore n’aurait jamais dû prendre comme colistier un Joe Lieberman qui s’était désolidarisé assez bassement de Clinton au pire moment de l’affaire Lewinsky, mais l’ancien président s’est discrédité à son tour, lors de la convention démocrate, en ne citant pas une fois le nom du candidat Gore et en se consacrant à une autocélébration de sa performance. Bref, malgré une élection fort mal disputée, ce n’est pas de l’opposition au Congrès que GeorgeII doit craindre le plus.

On comprend le souci du président d’envoyer des messages favorables à l’industrie, d’élargir les marchés d’exportation vers l’Amérique latine  et de rassurer les consommateurs.

Il se trouve que le président aura beaucoup plus de souci à se faire sur deux terrains étrangement associés par la destinée: les marchés d’actions de New York, d’une part, et les champs de bataille (et de pétrole) du Moyen-Orient, de l’autre. On sent bien sa réticence à faire face, dans un cas comme dans l’autre, à des décisions lourdes.

L’actuelle situation économique n’est pas encore très catastrophique: la croissance de cet hiver, bien servie par un temps plutôt clément qui n’a pas ralenti le bâtiment, pourrait bien être égale à celle de l’Europe, entre 2,5% et 3% en valeur annuelle. Si le chômage est remonté d’un demi-point, certains marchés (automobile, électroménager) demeurent porteurs. Mais les craintes d’une récession plus forte agissent sur le comportement de consommateurs qui n’ont pas reconstitué la moindre réserve d’épargne et soldent leur fin de mois avec leurs gains boursiers. La prudence actuelle des marchés d’actions pourrait donc fort bien se traduire par une contraction plus forte que prévu de la demande des ménages, malgré la diminution annoncée des impôts. Au niveau atteint par les déficits de la balance commerciale, un ralentissement des investissements de portefeuilles étrangers, notamment européens, pourrait par conséquent se traduire par une chute trop rapide du dollar, qui viendrait enrayer les deux baisses de taux décrétées par la FED d’Alan Greenspan. Sur cette chaussée glissante, la manœuvre sera donc délicate: on comprend le souci du président d’envoyer des messages favorables à l’industrie (le bouclier spatial), d’élargir les marchés d’exportation vers l’Amérique latine (la relance du libre-échange interaméricain) et de rassurer les consommateurs.

Mais cela ne résout pas la seconde équation du champ: celle de l’OPEP. Il y a peu de doute à entretenir sur la réalité de l’offensive qui se prépare entre Saoudiens et Vénézuéliens. Le cheikh Yamani a dénoncé, voilà quinze jours, à Londres, l’abandon par Riyad de la stratégie classique d’élargissement des parts de marché au profit d’une approche fondée sur la hausse du prix. Une tentative de coup d’Etat militaire a bien eu lieu contre le général Chávez début février, et la campagne contre le régime populiste de Caracas commence à prendre forme. Mais il semble bien prématuré de tabler sur un renversement de la politique actuelle dans la Caraïbe, même si le chef d’état-major actuel de l’armée vénézuélienne demeure un proche de l’ancien président social-démocrate, Carlos Andrés Pérez.

Son père George Ier était tombé sous les coups de Clinton à cause d’une récession plus forte que prévu et d’une crise irakienne finalement assez mal maîtrisée.

Il semble plus raisonnable d’imaginer que le duo constitué du Vénézuélien Ali Rodriguez, actuel secrétaire général de l’OPEP, et du prince héritier saoudien Abdallah passera rapidement à l’action, peut-être après une nouvelle offensive palestinienne, baptisée "Jour de la colère", à la fin de cette deuxième semaine de février. Or un malheur n’arrive jamais seul: tout indique que Saddam Hussein, qui vient d’obtenir de Vladimir Poutine, via la Serbie et l’Ukraine, un renforcement de ses moyens en missiles antiaériens et qui dispose à présent du plein soutien des Syriens, s’apprête à un nouveau bras de fer pour sortir définitivement des sanctions et de sa souveraineté aérienne limitée.

Son père George Ier était tombé sous les coups de Clinton à cause d’une récession plus forte que prévu et d’une crise irakienne finalement assez mal maîtrisée, après le triomphe apparent de l’hiver 1991. Voici que GeorgeII se voit obligé, au tout début de son règne, de combattre une nouvelle et insidieuse récession, d’abord sur le champ de bataille irakien puis dans les rues étroites des villages de Palestine.

Par Alexandre ADLER le 15 février 2001 à 09:36
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