L'armée macédonienne ouvre le feu

Par Léonard VINCENT , le 22 mars 2001 à 11h25 , mis à jour le 21 mars 2001 à 11h51

Le gouvernement macédonien avait donné aux rebelles albanais jusqu'à minuit, pour se retirer, se rendre ou quitter le pays. L'UCK a rejeté cet ultimatum, appelant néanmoins à un cessez-le-feu. L'armée gouvernementale a repris ses tirs, jeudi, en direction les hauteurs de Tetovo.

Photo : Mladen Antonov (AFP) © INTERNE

Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté à l'unanimité la résolution 1345, qui "condamne vigoureusement" la guérilla albanaise.

Mercredi, après une nuit relativement calme, Tetovo attendait l'expiration de l'ultimatum fixé à minuit par Skopje aux rebelles armés. Jeudi matin, il était près de 10 heures lorsque l'armée macédonienne a bombardé au mortier une heure durant les hauteurs de la ville, où sont nichés les combattants de l'UCK. Il s'agirait d'une opération de "nettoyage" avant la grande offensive annoncée. En ville, deux hommes en civil, circulant en voiture, et qui s'apprêtaient à lancer une grenade sur des soldats, ont été abattus. Dans la nuit, face à la crainte d'un nouveau conflit dans les Balkans, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté à l'unanimité la résolution 1345, qui "condamne vigoureusement" la guérilla albanaise.

Le Tribunal pénal international (TPI) a ouvert une enquête sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par les rebelles albanais dans le sud de la Serbie et par des groupes albanais armés au Kosovo, a annoncé mercredi à La Haye le procureur du TPI Carla Del Ponte. L'une des enquêtes concerne les activités de l'Armée de libération nationale de Presevo-Bujanovac-Medvedja (UCPMB), dans le sud de la Serbie, depuis novembre 1999 jusqu'à aujourd'hui. Lors d'une conférence de presse, Mme Del Ponte a indiqué qu'une autre enquête avait été ouverte par le TPI concernant les activités "de groupes armés albanais non identifiés" au Kosovo de juin 1999, date d'entrée des troupes de l'Otan, jusqu'à aujourd'hui. C'est la première fois que le TPI lance une enquête sur les rebelles albanais actuellement actifs dans le sud de la Serbie. Une précédente enquête est en cours depuis plusieurs mois sur les crimes éventuellement commis par l'Armée de libération du Kosovo (UCK), la guérilla albanaise du Kosovo, pendant son conflit avec les forces de Belgrade. L'UCK du Kosovo a été officiellement dissoute après la guerre.
La Macédoine avait donné mardi soir vingt-quatre heures aux "terroristes" de l'UCK pour "déposer les armes, se rendre aux représentants du pouvoir ou abandonner le territoire". Les forces macédoniennes "s'abstiendront d'ouvrir le feu à partir de mercredi 21 mars 00h00 jusqu'au 22 mars 00h00", annonçait ainsi le gouvernement, afin de laisser le temps aux maquisards de répondre. Trois heures auparavant, des tirs de mortier qui, en se calmant, laissaient place aux rafales de mitrailleuse, avaient visé les positions de l'UCK sur les collines, faisant planer sur les hauteurs d'épais nuages de fumée.

Les rebelles décidés à se battre

Mais les rebelles albanais n'ont rien voulu entendre des menaces de la Macédoine. L'Armée de libération nationale des Albanais n'a "absolument pas" l'intention de se plier aux injonctions du gouvernement, a prévenu un responsable de l'UCK, joint par téléphone depuis le Kosovo. "Nous ne lâcherons pas, a-t-il averti mercredi, nous allons avancer et ouvrir de nouveaux fronts", jurant que les maquisards constituaient une "armée organisée" présente "dans toutes les régions albanaises de Macédoine."

Trois heures avant l'expiration de l'ultimatum, l'UCK a toutefois fait savoir qu'elle "ne tirera pas tant que les forces macédoniennes n'ouvrent pas le feu", ajoutant que la guérilla était "pour le dialogue" avec Skopje. "La balle est dans le camp de la Macédoine", a affirmé le commandant Hoxha, interrogé par téléphone depuis Pristina. Malgré la fin de l'ultimatum, aucun coup de feu n'a été entendu dans la nuit.

L'UCK a réitéré sa proposition de faire du pays une fédération de deux entités, ayant chacune sa propre langue et son propre drapeau.

Comme pour insister sur leur détermination à combattre, les rebelles avaient prévenu mardi dans un communiqué aux médias macédoniens que leur "patience est à bout devant l'attitude hypocrite des autorités (…) qui restent sourdes aux revendications des Albanais." Les responsables de l'UCK avaient peu auparavant réitéré leur proposition de faire du pays une fédération de deux entités, albanaise à l'ouest et macédonienne à l'est, ayant chacune sa propre langue et son propre drapeau. Une idée catégoriquement rejetée par Skopje, qui refuse tout dialogue avec les hommes armés des maquis du nord-ouest.

Appel au calme

Pour ne rien attiser, les deux principaux partis politiques des Albanais de Macédoine, présents au sein de la coalition gouvernementale, ont exhorté les belligérants à faire cesser la violence. "Nous appelons les groupes qui ont pris les armes sur le territoire de notre Etat à les déposer et à regagner leurs foyers, lisait-on ainsi mardi dans une déclaration commune, signée en présence de Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères. Nous condamnons le recours à la force entre les forces de sécurité de l'Etat et les rebelles installés dans les redoutes en surplomb de Tetovo." Pour autant, les habitants de Tetovo — albanais et macédoniens — vivaient mercredi dans l'angoisse. "J'espère que les militaires ne vont pas intervenir, commentait ainsi un agent de change albanais souhaitant conserver l'anonymat, mais il faut que les combats cessent."

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"Crise dans les Balkans"
Par Léonard VINCENT le 22 mars 2001 à 11:25
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