Cessez-le-feu pour le coeur des Balkans

Par Léonard VINCENT , le 12 mars 2001 à 16h21 , mis à jour le 12 mars 2001 à 16h41

Après plusieurs jours de tractations, l'Otan est parvenue à faire signer un accord de cessez-le-feu aux maquisards albanais du sud de la Serbie et au gouvernement de Belgrade. En Macédoine, la situation est relativement calme, alors que la guérilla s'est retirée dans les montagnes.

ucpmb drapeau albanais © INTERNE

"Pour nous, cela ne fait aucune différence que les tirs viennent des Albanais ou de l'armée. Un fusil est un fusil."

Sabedin Hajdari a quitté son petit village de la vallée de Lipkovo, dans le nord-ouest de la Macédoine. "Les enfants étaient terrorisés, raconte-t-il, parce qu'ils entendaient les bombardements. Pour nous, cela ne fait aucune différence que les tirs viennent des Albanais ou de l'armée. Un fusil est un fusil". Vidée de ses habitants ou presque, survolée de temps à autre par un hélicoptère de la Kfor, cette poche de tensions à la frontière du Kosovo, de la Macédoine et de la Serbie est une région montagneuse où depuis quelques semaines s'affrontent sporadiquement une nouvelle Armée de libération du Kosovo (UCK) et l'armée macédonienne. Alors que, de son côté, depuis janvier 2000, un mouvement de guérilla a pris, par les armes, le contrôle de municipalités à majorité albanophone dans le sud de la Serbie, ce double foyer d'incendie fait craindre l'embrasement d'un nouveau conflit balkanique.

Front calme et cessez-le-feu

En ce début de semaine, l'heure est au statu quo. Sur le front macédonien, la région disputée est restée relativement calme ces derniers jours. Seuls des manœuvres militaires de l'armée de Skopje et des passages nocturnes de convois de ravitaillement clandestins ont été signalés par les quelques journalistes présents sur place. De l'autre côté de la frontière, lundi après-midi, dans leur bastion de Konculj, les chefs de l'UCPMB (Armée de libération de Presevo-Medvedja-Bujanovac, du nom de trois localités albanophones de la région) ont signé un premier accord de cessez-le-feu, sous l'égide de l'Otan.

L'UCPMB avait refusé dimanche les termes du premier texte proposé par les Alliés. La conclusion d'un cessez-le-feu avait pourtant été présentée comme acquise par Belgrade, samedi, alors que l'UCMPB pilonnait encore au mortier la région du village de Lucane, que traverse la route menant de la Serbie au Kosovo. Mais l'envoyé spécial de l'Otan, Peter Feith, n'avait pas su convaincre Shefket Musliu, le chef des maquisards albanais, du bien fondé de sa proposition.

"Les Albanais de la région ont perdu confiance dans la police et l'armée yougoslaves."

Le texte stipulait notamment que des forces spéciales yougoslaves allaient entrer dans le village de Trnava, de manière à couper un important point de passage des guérilleros entre la Serbie et la Macédoine, ce que les Albanais refusent catégoriquement. Plus largement, l'Otan entend laisser l'armée yougoslave "dans un avenir proche" prendre position dans certaines parties de la zone de sécurité de 5 kilomètres autour du Kosovo, pour mater la rébellion autant que faire se peut. "Les Albanais de la région ont perdu confiance dans la police et l'armée" yougoslaves, a expliqué Zeqirja Fazliu, président du Parti démocratique unifié des Albanais, l'un des interlocuteurs politiques influents dans la zone. Toute la région devra être démilitarisée pour ensuite créer une nouvelle police qui apportera de meilleures conditions pour un dialogue". Les Albanais vivent mal l'idée d'un retour des militaires serbes, après la campagne de terreur orchestrée au Kosovo par le régime Milosevic en 1999.

Journée historique pour l'armée yougoslave

Pour tenter de rassurer les Albanais, le général commandant la force militaire de l'Onu au Kosovo, Carlo Cabigiosu, a expliqué qu'un "plan militaire sera soumis à la Kfor" avant l'entrée des forces yougoslaves dans la zone. "Je suis sûr que les forces serbes se comporteront correctement", a ajouté le général, ajoutant que "l'essentiel est de s'assurer que la population n'ait rien à craindre". Le général Cabigiosu a estimé que "le temps propice à des négociations pacifiques" était arrivé. Le vice-Premier ministre serbe Covic a, de son côté, qualifié "d'historique" la journée de lundi. "Nous voulons que la paix règne dans toute la région et je peux assurer que l'armée et la police ne trahiront pas la confiance que l'Otan vient de leur donner."

Par Léonard VINCENT le 12 mars 2001 à 16:21
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