Fronde sécessionniste chez les Croates de Bosnie

Par Léonard VINCENT , le 28 mars 2001 à 11h32 , mis à jour le 28 mars 2001 à 12h55

Les responsables politiques croates de Bosnie-Herzégovine ne cessent de menacer la communauté internationale de faire sécession. Les soldats croates de l'armée de la Fédération croato-musulmane ont déserté en masse mercredi. Le réveil du nationalisme inquiète une nouvelle fois.

drapeau croatie europe monde © INTERNE

"Je ne veux pas recommencer à me battre."
Boris, un jeune Croate

Quand on l'interroge sur une sécession de la communauté croate au sein de la Bosnie-Herzégovine, Boris répond aussitôt : "Je ne veux pas recommencer à me battre." Ce jeune homme, qui a servi sous le drapeau à damier pendant la guerre de 92-95, résume bien l'enjeu du conflit qui oppose depuis deux mois la communauté internationale et les autorités croates de Bosnie. Menaçant de faire sécession, protestant contre le code électoral, se ralliant derrière la puissante église catholique, les Bosno-Croates ont fait un pas supplémentaire mercredi dans la désobéissance, en désertant en masse l'une des deux armées du pays, celle de la Fédération croato-musulmane.

UNE STRUCTURE COMPLEXE

Les accords de Dayton (1995) ont créé un pays composé de deux entités, la Républika Srpska (capitale : Banja Luka) et la Fédération croato-musulmane (capitale : Sarajevo). Chacune de ces deux entités dispose de son président, de son Premier ministre, de son gouvernement et de son Parlement. Les nationalistes croates, majoritaires dans leur communauté, protestent contre le fait que leurs représentants sont aussi élus par des musulmans. Il existe en outre des institutions centrales coiffant les deux entités, dont le siège est à Sarajevo, capitale du pays. Ces institutions comportent une présidence collégiale, un Premier ministre et un gouvernement, un parlement bicaméral. Dans un souci d'équilibre, la présidence centrale compte trois membres, un Musulman, un Croate et un Serbe, élus pour quatre ans et se relayant à la tête de la présidence.

Répondant à un appel à "déserter provisoirement", lancé la veille par les nationalistes de la Convention du peuple (HNS), la plupart des 8.000 soldats croates ont en effet quitté leur caserne, mercredi matin. D'ores et déjà, pour protester contre la démission du commandant adjoint de l'armée acquis aux idées nationalistes, plusieurs dizaines d'officiers avaient publiquement proclamé leur refus d'obéir à son remplaçant. Certains soldats avaient ôté l'insigne de la Fédération de leur uniforme. Les responsables politiques et religieux exhortaient quasi quotidiennement leurs congénères à ne plus reconnaître l'autorité du gouvernement commun croato-musulman, "illégal et établi contre la volonté du peuple", selon le président du Congrès national croate, Marko Tokic.

Fils de Dieu

Le puissant évêque du fief nationaliste de Mostar, Ratko Peric, a même franchi un pas supplémentaire le 19 mars dernier, à l'occasion de l'autoproclamation de l'autonomie de la communauté croate en Bosnie. "Nous voulons être d'obéissants fils de Dieu et nous obéirons toujours à ses lois éternelles, a-t-il lancé en ouverture d'une cérémonie condamnée par le Conseil de sécurité, et nous obéirons aux dirigeants de ce monde si leurs lois ne contredisent pas les lois de Dieu." Le discours sécessionniste, comme la nomenklatura politique, s'appuient désormais ouvertement sur l'autorité ecclésiastique.

Wolfgang Petritsch avait purement et simplement limogé le membre croate de la présidence collégiale.

Mais la contestation nationaliste n'a pas lieu seulement dans les rangs de l'armée. Le Haut représentant de la communauté internationale Wolfgang Petritsch, garant des accords de Dayton qui en créant deux entités en Bosnie pour trois communautés a mis fin à la guerre, avait purement et simplement limogé le membre croate de la présidence collégiale, le 7 mars dernier. Les menaces répétées d'Ante Jelavic, président du Parti nationaliste croate (HDZ), de créer une entité séparée pour les Croates de Bosnie ont été jugées "inacceptables et parfaitement contraires aux accords de Dayton" par l'autorité internationale, qui chapeaute le pays depuis 1995.

Sécession impossible

En visite à Mostar, l'ambassadeur américain à Sarajevo Thomas Miller, a récemment voulu calmer les ardeurs communautaristes des Croates, en estimant qu'ils avaient "un motif réel" de se plaindre. Il a demandé aux nouvelles autorités politiques de Bosnie de prendre en compte leurs revendications. Un historien croate résumait il y a deux semaines la situation avec une certaine lucidité. Tout en estimant impossible à mettre en œuvre une autonomie croate en Bosnie, il concluait : "Mais on a vu beaucoup de choses considérées comme impossible se produire ces dix dernières années."

Par Léonard VINCENT le 28 mars 2001 à 11:32
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience