Grandes manoeuvres aux frontières sud de la Serbie

Par Léonard VINCENT , le 08 mars 2001 à 11h35 , mis à jour le 08 mars 2001 à 11h53

Quelques heures après que les guérilleros albanais eurent déserté le village occupé de Tanusevci, en Macédoine, 300 soldats de la Kfor ont pris le contrôle de la localité. Sur un autre front, l'Otan a autorisé l'armée yougoslave à pénétrer dans une partie de la zone de sécurité du sud de la Serbie, pour couper un point de passage des maquisards albanais.

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Après un intense ballet diplomatique, les séparatistes albanais ont finalement déserté jeudi matin Tanusevci, en silence.

"Nous avons entendu des tirs provenant des villages voisins et c'est pour cela que les femmes et les enfants sont partis". Le jeune Ekrem, 20 ans, est l'un des rares habitants de Gosinci, petit village peuplé d'Albanais à la lisière de la frontière macédonienne avec le Kosovo, a être resté chez lui. La peur régnait mercredi encore, à 20 kilomètres de Tanusevci, cette petite agglomération de Macédoine investi voici plusieurs semaines par les guérilleros albanais de l'UCK. Mais après un intense ballet diplomatique, les séparatistes albanais ont finalement déserté jeudi matin la localité, en silence. De source militaire, on apprenait toutefois à la mi-journée jeudi que de "lourds échanges de tirs" avaient résonné dans le village entre 23 heures 30 et 3 heures du matin, sans qu'aucune victime n'ait été dénombrée dans les rangs de l'armée macédonienne.

Trois cents soldats américains des forces multinationales de l'Onu ont alors pénétré en fin de matinée dans le village désert, vingt-quatre heures après avoir pris position, à la demande du gouvernement de Skopje, dans un hameau adossé à la localité où trois soldats macédoniens avaient été tués dimanche par les hommes de l'UCK. Pour l'heure, l'incendie qui avait débuté en Macédoine semble circonscrit, alors que la tension dans le sud de la Serbie est l'objet d'intenses tractations entre les Albanais de la région et Belgrade, sous la surveillance de l'Otan.

Un conflit étendu de la Serbie à la Macédoine

NEGOCIATIONS

L'Otan "espère" que les autorités serbes et les représentants de la communauté albanaise du sud de la Serbie signeront ce week-end un cessez-le-feu et entameront ensuite des négociations de paix, a déclaré jeudi un responsable de l'Alliance. Le vice-Premier ministre serbe Nebojsa Covic a proposé un plan de paix pour la région et l'envoyé spécial de l'Otan Pieter Feith fait la navette depuis deux semaines entre Bruxelles, Belgrade et Presevo pour mettre les parties concernées autour d'une table. L'une des mesures demandées par l'Otan à Belgrade pour gagner la confiance de la communauté albanaise est le départ de la région du "corps d'armée de Pristina", qui avait dirigé le nettoyage ethnique anti-albanais lors de la guerre du Kosovo en 1999.

Depuis le début de l'année 2000, une faction armée albanaise, baptisée UCPMB, a pris le contrôle de plusieurs villages de la vallée du Presevo, dans le sud de la Serbie, le long de la zone-tampon de 5 kilomètres dite "de sécurité" instaurée par l'Onu après le retrait de la 3ème armée yougoslave du Kosovo. Tirs au mortier, snipers, échanges de feu sont devenus le lot quasi quotidien de cette région hautement sensible, malgré la retenue affichée par le gouvernement de Vojislav Kostunica et les efforts de conciliation de l'Otan, des chancelleries occidentales et du maire albanais modéré de Presevo, Riza Halimi. Les accrochages répétés à Tanusevci faisaient craindre que les milieux séparatistes albanais au Kosovo ne veuillent étendre la lutte armée en Macédoine, ancienne république yougoslave peuplée d'un quart d'Albanais.

Pour aider à la maîtrise de la situation, l'Otan a autorisé jeudi l'armée yougoslave a prendre position dans un "secteur étroit" de la zone de sécurité entre le Kosovo et la Serbie, de manière à couper un point de passage des guérilleros de l'UCPMB. L'Alliance précise qu'"il s'agit de la première étape d'une réduction par phases et sous conditions de la zone de sécurité terrestre" que "l'OTAN a l'intention à terme de supprimer." "A ce stade, le commandement de la Force multinationale de paix au Kosovo (KFOR) garde l'autorité sur cette zone", assure l'Otan dans son communiqué.

Intenable statu quo

Diplomatiquement, le lot de violences quotidiennes des rebelles albanais ne faisait qu'attiser le feu sous la poudrière. Lors d'un entretien téléphonique, les présidents français et russe, Jacques Chirac et Vladimir Poutine, avaient convenu mercredi de condamner "les agissements des extrémistes" qui menaçaient la Macédoine. Alors qu'un véhicule militaire a sauté sur une mine mercredi après-midi près de Presevo, l'armée yougoslave avait une fois de plus "vigoureusement condamné l'acte terroriste" qui avait coûté la vie à trois de ses soldats, en blessant un quatrième.

"Nous devons serrer les dents et continuer notre politique de retenue."
Nebojsa Covic

"Nous devons serrer les dents et continuer notre politique de retenue car elle commence à donner des résultats", avait déclaré, de son côté, le vice-Premier ministre serbe Nebojsa Covic, auteur du plan de paix de Belgrade pour la région. Il s'était en outre réjoui du fait que "le monde commence à faire de nouveau confiance à la Serbie", ajoutant : "Il ne suffit pas de penser que nous avons raison, de rentrer et tout casser, il faut que les autres le comprennent aussi".

Par Léonard VINCENT le 08 mars 2001 à 11:35
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