La guerre couve dans les montagnes autour de Tetovo

Par Léonard VINCENT , le 20 mars 2001 à 18h38 , mis à jour le 19 mars 2001 à 19h00

Après une semaine d'intenses combats entre forces macédoniennes et guérilla albanaise, la Macédoine craint l'embrasement d'une guerre. Diplomates, ministres et chefs d'Etat s'efforcent de maîtriser l'incendie avant qu'il ne s'étende. Les civils albanais fuient le pays, certains se disant prêts à revenir pour se battre.

macédoine tetovo combats kalachnikov © INTERNE

"Nous ne voulons pas prendre Tetovo", a confié l'un des porte-parole des rebelles albanais.

Comme dans le sud de la Serbie, les maquisards albanais ont combattu d'abord et sans doute voudront-ils négocier après. "Nous ne voulons pas prendre Tetovo, a confié l'un des porte-parole des rebelles albanais, dans son quartier général de Selce. Nous voulons garder nos positions ici, dans la montagne." Il reste que chaque jour, des hommes en armes empruntent les chemins forestiers qui mènent aux hauteurs de la ville, pour aller accrocher les troupes macédoniennes. "C'est une guerre pour nos droits", insiste le porte-parole, qui dit se nommer Sadri Ameti, en faisant allusion à la discrimination dont souffriraient les Albanais de Macédoine, qui constituent un quart de la population du pays. Malgré cette apparente tempérance, depuis près d'une semaine que l'armée macédonienne affronte les guérilleros de l'UCK-M autour de la ville de Tetovo, Skopje et la communauté internationale craignent qu'une nouvelle guerre civile ne vienne enflammer les Balkans.

Mise en garde internationale

Après qu'une caserne où stationnent des soldats allemands eut été mitraillée vendredi, diplomates, ministres, chefs d'Etat et militaires s'inquiètent de plus en plus de la situation en Macédoine. Le ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping avait ainsi prévenu dimanche que "si la stabilité intérieure de la Macédoine est mise en danger, cela pourrait entraîner à nouveau des développements difficilement estimables, mais à coup sûr problématiques dans les Balkans." Selon lui, le gouvernement macédonien doit régler, avec "l'aide" de l'Otan et "avec les moyens classiques relevant du droit des minorités" la situation de la population d'origine albanaise, ce "conflit intérieur" qu'on ne peut encore qualifier de "guerre".

Afin de prévenir toute nouvelle agression contre les soldats allemands de la Kfor stationnés en Macédoine, le gouvernement Schröder a toutefois décidé d'envoyer des blindés sur place. "Je suis certain que ce signal, a insisté M. Scharping, montrant que nous sommes fermement décidés à nous défendre si cela est nécessaire, a été très bien compris de tous". Et l'Otan a décidé lundi de renforcer le contrôle des frontières" grâce à des "troupes supplémentaires" qui seront bientôt déployées dans la région, de manière à "marginaliser" les "extrémistes". Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se sont réunis lundi à Bruxelles pour évoquer l'incendie macédonien, alors que le ministre des Affaires étrangères de Skopje se démène pour faire entendre la position de son gouvernement.

De fait, la position européenne s'est nettement radicalisée, alors que l'armée macédonienne s'apprête, sous le feu des maquisards, à lancer un assaut d'envergure sur les collines au-dessus de Tetovo. Mardi, le coordinateur du Pacte de stabilité pour les Balkans Bodo Humbach a estimé que les rebelles albanais étaient d'ores et déjà "politiquement complètement isolés". Et Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, a clairement fait valoir l'opposition de Bruxelles à toute compromission. "Laissez-moi dire clairement, ce serait une erreur de négocier avec les terroristes, a-t-il dit après un entretien avec le président de Macédoine, Boris Trajkovski. Négocier dans ce cas particulier serait une erreur et nous ne le recommanderons pas."

Le Kremlin amer

"Nous sommes les témoins d'un terrorisme international qui menace la stabilité des Balkans. Aujourd'hui, la victime est la Macédoine",
Igor Ivanov.

Beaucoup plus critique, le président russe Vladimir Poutine avait estimé lundi que "ceux qui ont armé les détachements irréguliers de séparatistes albanais ne savent plus que faire aujourd'hui", faisant implicitement allusion à l'Occident. "Malheureusement, avait continué Vladimir Poutine, la situation en Macédoine se développe comme nous l'avons prévu" et elle a "échappé à tout contrôle". Le ministre des Affaires étrangères russe Igor Ivanov, en tournée à Belgrade avant de se rendre en Albanie, au Kosovo et en Macédoine, avait lui aussi mis en garde contre la contamination des Balkans par la "violence". "Nous sommes très préoccupés par la situation dans les Balkans, avait-il insisté. Nous sommes les témoins d'un terrorisme international qui menace la stabilité des Balkans. Aujourd'hui, la victime est la Macédoine." Moscou s'attend donc à ce que "la communauté internationale unisse ses efforts afin de rétablir la sécurité et arrêter le terrorisme."

En attendant, un couvre-feu strict a été imposé à Tetovo. Le gouvernement macédonien a mobilisé ses réservistes. Près de deux mille civils ont fui la région, la majorité des Albanais qui vivaient dans les zones non encore contrôlées par la rébellion cherchant refuge en Turquie. Quelques fois, des pères de famille vont mettre leur famille à l'abri, pour revenir ensuite se battre dans les rangs de l'UCK.

Par Léonard VINCENT le 20 mars 2001 à 18:38
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