L'homme qui valait 100 millions de dollars

Par Léonard VINCENT , le 31 mars 2001 à 16h29 , mis à jour le 30 mars 2001 à 16h55

Il aura fallu attendre les dernières heures avant l'expiration de l'ultimatum américain pour que les autorités de Belgrade décident d'arrêter Slobodan Milosevic. Jusqu'alors, Milosevic était libre de ses mouvements, et le gouvernement de Kostunica multipliait les manoeuvres pour gagner du temps.

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Ses partisans campaient devant sa villa, bien décidés à s'opposer à une arrestation qui ne cessait d'être annoncée comme imminente.

Hormis l'arrestation d'un Serbe de Bosnie et son transfert à La Haye, hormis un changement de climat notable en Serbie, rien de spectaculaire, avant ce vendredi soir, n'avait été accompli sur le plan judiciaire par le nouveau gouvernement démocrate de Vojislav Kostunica, qui gère les affaires du pays depuis le 5 octobre.

Jusqu'à ce jour, dans le riche quartier de Dedinje, à Belgrade, la villa de Slobodan Milosevic était restée paisible. Depuis des semaines, l'ex-président yougoslave recevait, il répondait à des interviews, il assumait son rôle de chef de l'opposition. Sous surveillance policière, l'ancien président yougoslave pouvait se déplacer à sa guise, se rendant de temps à autre au siège du Parti socialiste serbe (SPS), à la tête duquel il a été réélu cet hiver. Les Etats-Unis avaient pourtant fait de la coopération de Belgrade avec le TPI pour l'ex-Yougoslavie - devant lequel Milosevic fait figure de principal accusé - la condition primordiale à l'octroi d'une aide de 100 millions de dollars. Mais depuis le début du mois de mars, des dizaines de partisans de l'ex-président yougoslave campaient devant sa villa, bien décidés à s'opposer à une arrestation qui ne cessait d'être annoncée comme imminente.

Gagner du temps

"Nous avons déjà fait beaucoup pour faire avancer les droits de l'Homme, mais il est certain que nous n'avons parcouru qu'une petite partie de la route." Ainsi s'exprimait, vendredi encore, le président yougoslave Vojislav Kostunica, à la tribune de la Commission des droits de l'Homme de l'Onu, à Genève. Alors que se rapprochait la date limite du 31 mars fixée par Washington pour juger si Belgrade avait engagé ou non une coopération substantielle avec le Tribunal pénal international, la Yougoslavie continuait de réclamer du temps. Une requête que le TPI, lui, tendait à considérer comme une "tactique dilatoire".

Tandis que le gouvernement yougoslave invitait la communauté internationale à la patience — le temps pour lui de faire voter une loi permettant, contrairement à aujourd'hui, l'extradition de citoyens yougoslaves vers La Haye —, les grandes chancelleries ne cessaient de le presser. "Aucune loi n'est nécessaire pour la coopération avec le TPI, qui est une obligation internationale", rappelait le porte-parole du TPI mardi dernier. Vojislav Kostunica semblait mal cacher sa volonté d'organiser avant toute chose le passage en justice, en Serbie même, de Slobodan Milosevic. Il ne dissimulait guère plus sa méfiance envers le tribunal de La Haye, "institution plus politique que juridique". L'arrestation de Milosevic apparaît comme un signal d'autant plus fort. Mais sera-t-il extradé ? Serait-il jugé par le TPI ? La question reste posée.

Par Léonard VINCENT le 31 mars 2001 à 16:29
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