© INTERNELes charges des forces de sécurité les avaient repoussés, faisant saigner quelques blessés dans leurs rangs. |
L'opposition avait appelé ses dizaines de milliers de partisans à descendre une nouvelle fois dans les rues de Kiev, mercredi, pour marcher à travers le centre-ville en exigeant le départ de celui dont même les conseillers admettent désormais qu'il a commis de "sérieuses erreurs". Libéral modéré à ses débuts, indéfectible soutien du président russe Vladimir Poutine, Léonid Koutchma a laissé dériver son régime dans la corruption et l'ultra-répression, un travers qui a atteint son point culminant cet hiver. Ils n'étaient pourtant que quelques milliers, la plupart des Ukrainiens craignant désormais les arrestations et les brutalités dont ont été l'objet les précédents protestataires. Une centaine d'entre ceux qui étaient descendus dans la rue, mercredi, ont symboliquement "offert" un verre de sang humain, rempli goutte à goutte par chacun d'entre eux, au président de la République, en le déposant devant les ministère de l'Intérieur durant le passage du cortège.
L'affaire Gongadzé a achevé le régime
"C'est l'agonie d'un régime", a commenté le chef du Parti socialiste Olexandre Moroz, l'un des chefs de file de la contestation. C'est lui qui en novembre dernier, avait rendu publiques les cassettes audio secrètement enregistrées par un officier de la garde présidentielle, où une voix que d'aucuns identifient comme étant celle du président suggère de "faire enlever par des Tchétchènes" le journaliste Gueorgui Gongadzé. Quelques jours après avoir disparu, ce jeune directeur d'un journal indépendant publié sur l'Internet a été retrouvé décapité et carbonisé, dans une zone déserte de la campagne ukrainienne. "Pendant les premiers mois de l'enquête, les autorités ont tout fait pour que l'on ne sache pas la vérité", rappelait le mois dernier Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, après avoir dirigé une mission d'information sur l'affaire Gongadzé.
Un sondage indique que pas moins de 53% des Ukrainiens ne font "pas du tout confiance" au chef de l'Etat |
Koutchma se veut légitimiste
De son côté, Léonid Koutchma insiste : il ne démissionnera pas. Refusant obstinément tout dialogue avec l'opposition, le président ukrainien ne voit dans la contestation populaire qu'une machination politique, une "provocation à grande échelle", effectuée par des "professionnels" avides de "beaucoup d'argent", qui le rendait "malade du cœur ces derniers temps". "J'ai été élu par plus de 16 millions de personnes, répétait-il récemment dans une interview au magazine allemand Focus. Que dois-je leur dire ? Que 3.000 manifestants m'ont poussé à me retirer ?"
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