Israël : portrait d'un gouvernement paradoxal

Par Léonard VINCENT , le 07 mars 2001 à 16h12 , mis à jour le 07 mars 2001 à 16h31

La dernière main ayant été mise aux négociations entre le Likoud et les formations de la coalition d'union nationale en Israël, Ariel Sharon a été investi mercredi dans la soirée au poste de Premier ministre. Portrait d'un gouvernement où siègent pires ennemis, alliés d'un soir et poids lourds de la politique.

sharon investiture 1 © INTERNE

- Les principaux points du discours d’investiture d’Ariel Sharon
- Les réactions au discours de Sharon

Ariel Sharon, élu
triomphalement à
la tête de
l'exécutif, doit en
effet composer
avec un parlement
aussi hétéroclite
qu'instable.

C'est un gouvernement étrange que le Premier ministre israélien a présenté mercredi soir aux députés, avant d'être officiellement investi à son poste. Ariel Sharon, élu triomphalement à la tête de l'exécutif de l'Etat hébreu, doit en effet composer avec un parlement aussi hétéroclite qu'instable, l'obligeant à mettre sur pied un gouvernement où siègent, aux côtés de ses fidèles du Likoud, la gauche travailliste et l'extrême droite religieuse, ennemis jurés s'il en est. En outre, si le ministère Sharon s'annonce comme l'un des plus droitiers qu'ait connu Israël, il n'en compte pas moins un nombre record de femmes et la colombe des colombes Shimon Peres à la tête de sa diplomatie.

Le même parlement que sous Barak

A la Knesset, l'ordre hiérarchique qui prévalait sous Barak perdure aujourd'hui sous Sharon. Le Parti travailliste et son satellite religieux du Meimad demeurent la première force du pays, avec 23 députés. Le Likoud, seul, ne compte que 19 députés, 2 de plus que les turbulents ultra-religieux du Shass, dont les exigences et la défection avaient fait vaciller le gouvernement sortant. Mercredi après-midi, le Shass a d'ailleurs commencé par menacer de ne pas entrer dans la nouvelle coalition si une loi spéciale prolongeant de deux ans l'exemption de service militaire pour ses partisans n'était pas votée au préalable. Les députés se sont alors pliés à cette exigence, désarmorçant une crise dont le Shass est coutumier. S'adjoignant le concours de quelques minuscules formations ecclésiastiques ou centristes, Ariel Sharon peut compter sur 73 voix, sur les 120 que compte le parlement.

Au-delà de la combinaison mathématique, le nouveau gouvernement israélien est aussi une subtile alchimie d'exercices d'équilibrisme politique. Ainsi trouve-t-on à la tête de ministères importants les principaux poids lourds des partis israéliens, tous pourvus du titre de vice-Premier ministre : Shimon Peres aux Affaires étrangères (lequel est également premier vice-Premier ministre), Silvan Shalom du Likoud aux Finances, Eli Yishaï du Shass à l'Intérieur, et le russophone d'Israël Be Aliya Nathan Chtcharansky au Logement. Confrontation révélatrice : on trouve aussi la fille du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin au vice-ministère de la Défense et le chef belliqueux de l'extrême droite d'Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, aux Infrastructures, théoriquement en charge des colonies juives.

Nombre de ministères record pour quelques symboles

Les ultra-orthodoxes sépharades du Shass ne tiendront-ils pas, entre autres, un ministère de plein exercice, en charge de "Jérusalem" ?

Quelques ministères revêtent en outre un caractère hautement symbolique. Les ultra-orthodoxes sépharades du Shass ne tiendront-ils pas, entre autres, un ministère de plein exercice, en charge de "Jérusalem" ? On est loin des concessions spectaculaires d'Ehud Barak sur la Ville Sainte à Camp David, lesquelles ont tellement surpris les Palestiniens que la paix en a été manquée. Ariel Sharon a, de même, offert aux travaillistes — outre la diplomatie "avec un droit de veto", assure Shimon Peres — la charge de Tsahal, des Sciences, des Sports et de la Culture, des Transports et du Commerce et de l'Industrie, deux ministères sans portefeuille et les Affaires de la Diaspora. Il est vrai que, pour faire bonne mesure, il a confié à la ligne dure de la classe politique israélienne la charge, entre autres, de l'Intérieur, du Travail et de la Sécurité publique, rien de moins.

Pour ce gouvernement pléthorique et bigarré, le moindre déséquilibre pourrait être, sinon fatal, du moins bruyant.

Par Léonard VINCENT le 07 mars 2001 à 16:12
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