© INTERNE"Afghanistan : enquête sur le martyre d'un peuple"
Cette semaine en couverture de Courrier international
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Pour le reste, le vandalisme révolutionnaire est hélas un phénomène récurrent des extrémismes parvenus à la limite de leur pouvoir : la résistance du réel, comme une force de frottement, attise un désir nihiliste d’anéantissement du passé pour faire toute sa place au délire futuriste. La touche spécifiquement islamique de ce vandalisme tient au profond ressentiment qu’éprouvent ce type d’intégristes pour l’intérêt que touristes et érudits occidentaux entretiennent envers le passé non islamique de leurs pays ; le même phénomène conduit leurs homologues égyptiens à cibler les visiteurs du musée du Caire et de Louxor, ou, moins violemment, à exiger et obtenir le déménagement de la statue d’Aménophis III en banlieue, afin de préserver la gare centrale du Caire de la contamination païenne.
Abîmé par les retombées de la guerre afghane des années 80, le Pakistan n’est pas parvenu, dans la décennie 90, à restaurer une démocratie qui fut toujours précaire. |
Parvenu à ce point proche d’une désintégration parfaitement possible, l’Etat pakistanais est revenu selon sa vieille habitude à son équation de base : le pouvoir militaire. Car, dès 1947, ce sont les musulmans de l’armée britannique, fidèles, de Tobrouk à Singapour, au Raj qui les protégeait, qui ont fait l’Inde islamique et indépendante, le Pakistan, contre le parti du Congrès. Une fois de plus, ils viennent donc sauver le pays, mais ce pays n’est plus le même, et l’armée non plus n’est plus tout à fait la même. Le demi-siècle d’indépendance a en effet bien modifié la composition de l’armée : constituée d’hommes du Pendjab, pro-occidentale et aristocratique en 1947, l’armée pakistanaise a remisé les cornemuses des guignes (son régiment d’élite) des Hautes Terres, le Durbar hérité de la reine Victoria et les décorations britanniques de la campagne de Birmanie pour s’islamiser et se démocratiser. Les enfants du peuple, de plus en plus touchés par l’intégrisme saoudien, y remplacent leurs aînés anglophiles. Les vocations militaires diminuent également chez des Pendjabis s’adonnant au commerce et des Sindhis du Sud plus à gauche et plus sceptiques. Nous avons ainsi une impressionnante montée des Pathans (que l’on appelle Pachtounes de l’autre côté de la frontière afghane et que nous nommerons désormais Pathans pour simplifier la tâche de nos lecteurs) au sein de l’état-major et des services secrets, lesquels ne sont équilibrés que par les musulmans originaires de l’Inde - les Mohajires -, que l’actuel président, Pervez Mucharraf, répartit à peu près en proportion équivalente de chaque côté de l’ancienne frontière. Les Pathans ont de fait provoqué la fusion de leur Afghanistan avec le Pakistan : les militaires et les espions de l’ISI (le renseignement militaire pakistanais) ont mis en place les talibans et assurent leur puissance militaire. Forts de cette première victoire stratégique, ils ont ensuite intensifié la guerre couverte contre l’Inde au Cachemire, jusqu’à frôler en 1999 l’affrontement généralisé. La carte du Pakistan n’est donc plus la même. A l’ouest, il annexe tout l’Afghanistan pathan jusqu’à Kaboul et se subordonne en territoire colonial conquis ; les zones tadjikes (comme le Panshir de Massoud) ou hazaras (avec les bouddhas de Bamiyan), où tout est permis, surtout le pire. A l’est, il s’efforce de se voir reconnaître par l’Inde une double clef sur le Cachemire, bien que les Cachemiris musulmans soient majoritairement plus indépendantistes que propakistanais.
En poussant leurs amis énergumènes de Kaboul à mutiler des bouddhas, les idéologues islamistes de l’ISI viennent aussi de mettre en garde Washington. |
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