© INTERNEL'ex-président yougoslave aura bluffé jusqu'au bout. Retranché dans sa résidence, protégé par des partisans armés, il s'est payé le luxe de braver une dernière fois le nouveau pouvoir démocratique de Belgrade. Allait-il tenter de quitter Belgrade pour rallier, ailleurs, le dernier carré de ses fidèles ? Allait-il, comme il le laissait entendre, bravache, ne laisser que son cadavre aux policiers yougoslaves ? Samedi après-midi, Vojislav Kostunica affirmait clairement que "l'application des lois est entre les mains des institutions" et que "personne ne doit être intouchable". Un feu vert implicite aux forces de police, tandis que s'engageaient, dans la villa de l'ancien maître de Belgrade où se trouvaient un arsenal impressionnant, des négociations avec une délégation gouvernementale.
Finalement, après plus de vingt-quatre heures d'un véritable "Fort Alamo", version belgradoise, Milosevic s'est rendu sans effusion de sang. En échange, supposent certains à Belgrade, de l'assurance qu'il ne serait pas transféré vers La Haye. En fin de journée, Washington annonçait qu'elle débloquait, comme promis, le 50 millions de dollars restants à payer sur les 100 millions promis à Belgrade, en cas de coopération substantielle de la Yougoslavie avec le TPI (Cf. notre article "L'homme qui valait 100 millions de dollars").
Première comparution de Milosevic devant un juge
![]() Le départ du cortège vers la prison |
Car Slobodan Milosevic est désormais sous les verrous. L’ancien maître de Belgrade a terminé la nuit de samedi à dimanche à la prison centrale de Belgrade. Puis, dans la journée de dimanche, il a comparu pour la première fois devant un juge - et il a crânement plaidé non-coupable pour toutes les accusations dont il fait l'objet. Le juge d'instruction a décidé dans l'après-midi de sa mise en détention provisoire pour 30 jours. L'avocat de Slobodan Milosevic, Me Toma Fila, a indiqué qu'il ferait appel lundi de la mise en détention provisoire de son client, tout se disant persuadé que cet appel serait refusé. Un responsable du ministère de l’Intérieur a annoncé ce lundi que l'ancien président yougoslave allait faire l'objet d'une enquête pour résistance aux forces de l'ordre au moment de son arrestation, après les accusations portées contre ses partisans armés qui ont essayé d'empêcher la police de l'arrêter.
Les auditions devant le juge devraient se poursuivre mardi et concerner aussi les personnes inculpées en même temps que Milosevic, ainsi que des témoins. Ces trois personnes sont des proches collaborateurs de Milosevic: Nikola Sainovic, Mihalj Kertes et Jovan Zebic. Dans le courant de la journée, alors que la villa de Dedinje était méticuleusement explorée par quelques journalistes et des policiers, l'acte d'accusation de la justice serbe se précisait. Et Slobodan Milosevic reconnaissait, dans un recours au juge écrit et signé, avoir secrètement financé les armées serbes de Bosnie et de Croatie, prélude à une instruction qui s'annonce longue et complexe.Extradé ?
Reste maintenant à connaître le sort réservé à l'ex-dictateur. Pour la justice de son pays, Milosevic n'est inculpé "que" d'abus de pouvoir et de corruption. Les malversations dont il est accusé ont entraîné pour la Yougoslavie et la Serbie des pertes se chiffrant à 1,8 milliard de dinars (30 millions d'euros) et près de 200 millions de marks (100 millions d'euros). Pour le reste, les autorités yougoslaves réaffirment leur refus de le livrer au Tribunal pénal international (TPI) de La Haye qui veut le juger pour les atrocités commises au Kosovo. Il a été inculpé en 1999 par le TPI de crimes de guerre et crimes contre l'humanité et les institutions judiciaires de La Haye se disaient lundi prêtes à voir Milosevic jugé d'abord en Serbie, sous réserve de la communication d'une date à laquelle il serait transféré aux Pays-Bas.
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