© INTERNE"Les motivations des taliban ne sont pas seulement religieuses, mais également politiques", a déclaré Jean-Yves Berthault, chargé d'affaires de France à Kaboul, lors du colloque consacré aux "Patrimoines d'Asie Centrale", qui s’est déroulé vendredi à l’Unesco. La destruction des statues d'Afghanistan "intervient un peu plus d'un mois après le renforcement des sanctions de l'Onu contre le pouvoir en place à Kaboul. Il est difficile d'imaginer qu'il n'y a pas un lien entre ces deux événements".
Embarras et regret
Le chargé d'affaires avait participé le week-end dernier à une mission auprès des taliban pour les alerter des "conséquences diplomatiques qu'il y aurait à détruire le patrimoine du pays". "Nous voulions leur dire que nous étions au courant des déprédations déjà commises et voir avec eux ce qu'il était possible de faire à l'avenir pour que cela ne se reproduise pas. La réaction que nous avons ressentie était celle d'un extrême embarras. Néanmoins, un haut responsable m'a affirmé dimanche soir que les destructions qui ont pu avoir lieu étaient regrettables et qu'il s'engageait à faire en sorte qu'elles ne se reproduisent pas. Deux heures après, tombait le décret du mollah Omar de détruire les statues".
Clivages chez les taliban
"En fait, a-t-il poursuivi, il existe un clivage considérable entre certains responsables à Kaboul qui sont des ministres qui se sont déjà frottés à une réalité internationale, et le pouvoir suprême qui verse dans une paranoïa et un égotisme qui s'accroît de mois en mois". Selon lui, "les taliban, malgré leur manque de vision, savaient très bien quelle était l'importance de ces œuvres sur le plan culturel". "Pendant un certain temps, ils se sont peut-être dit qu'en préservant ce patrimoine, ils obtiendraient une reconnaissance de la communauté internationale. Mais le renforcement des sanctions prises par l'Onu au mois de décembre leur a démontré que l'appui international ne venait pas. Dès lors, ils n'avaient plus rien à perdre et ils ont sans doute radicalisé leur position", selon le diplomate.
Les sanctions de l’Onu
Le 19 décembre, le Conseil de sécurité a imposé un embargo sur les armes à l'encontre des seuls taliban, la fermeture de tous leurs bureaux de représentation à l'étranger, une interdiction de voyager hors d'Afghanistan pour les responsables taliban et un embargo aérien renforcé. Le Conseil exigeait que les miliciens fondamentalistes livrent le terroriste présumé Oussama ben Laden et qu'ils ferment les camps d'entraînement terroriste sur leur territoire.
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