© INTERNELe discours d’investiture d’Ariel Sharon à la Knesset, mercredi soir, aura été à l’image de sa coalition gouvernementale : hétérogène et ambigu. Malgré un hommage appuyé aux travaillistes et une main ostensiblement tendue à la Syrie, au Liban, et aux Palestiniens, le nouveau Premier ministre israélien a dû donner des gages à l’aile dure de son gouvernement. Tout en affirmant que jusqu’à la fin de la législature, Israël serait dirigé par un gouvernement d’union nationale.
"Des jours très difficiles"
 Les membres de la Knesset réunis mercredi soir pour le discours de Sharon |
"Nous voulons des arrangements politiques réalistes et souhaitons une vraie paix avec la Syrie et le Liban", a ainsi affirmé Ariel Sharon. Mais au-delà de cette volonté de paix affichée, il est resté très flou au sujet du plateau du Golan, conquis par Israël durant la guerre des Six jours en juin 1967 et annexé en 1981, se contentant de rappeler que "ses positions sont connues". Même ambiguïté vis-à-vis des Palestiniens : "nous tendons la main en signe de paix" en direction des Palestiniens, a déclaré Ariel Sharon, sans toutefois mentionner à aucun moment le nom du président palestinien Yasser Arafat. La paix est possible si les Palestiniens le désirent, a-t-il assuré, prédisant toutefois que "des jours très difficiles" attendaient Israël et réitérant qu'il n'y aurait pas de négociations si la violence continuait.
Des négociations que le président palestinien Yasser Arafat souhaite reprendre "sur la base des accords signés". C'est en tous cas ce qu'il a demandandé au nouveau Premier ministre israélien dans une lettre de félicitations qu'il lui a envoyée mercredi soir. Le dirigeant palestinien a également souligné "la nécessité de respecter les résolutions internationales, en particulier les résolutions de l'ONU 242, 338 et 194". Le dernier accord entre Israël et les Palestiniens est celui de Charm el-Cheikh (Egypte), signé le 4 septembre 1999. Outre un retrait de 13,1% de Cisjordanie, qui a été réalisé, il prévoyait la signature d'un accord-cadre sur le règlement définitif à la mi-février 2000 et la conclusion de l'accord final avant le 13 septembre de la même année. Samedi, Yasser Arafat avait indiqué que "tout ce sur quoi il y a eu accord doit être respecté" par les deux parties, mentionnant en vrac "Taba, Charm el-Cheikh, Paris, Washington, le Caire", lieux soit de rencontres, soit d'accords.
Hommage appuyé à Ehud Barak et à Shimon Peres
Sur les thèmes cruciaux de Jérusalem et des colonies, là aussi Sharon s'est montré prudent . Au sujet de Jérusalem, elle "a été et sera la capitale éternelle du peuple juif", a affirmé Ariel Sharon ; "Jérusalem est notre grand rêve et des générations de juifs ont prié pour elle". Mais le nouveau Premier ministre s’est gardé de préciser si elle resterait unifiée, un adjectif mentionné systématiquement par la droite israélienne et signifiant que la partie arabe, conquise et annexée en 1967, resterait sous souveraineté israélienne. Quant aux colonies, Sharon a rappelé qu’il est "prévu dans les accords de coalition que durant le mandat de ce gouvernement, il n'y aura pas de nouvelle implantation". Mais ces mêmes accords prévoient la poursuite de la construction dans les colonies existantes pour répondre à leur "croissance naturelle".
Ariel Sharon a tenu à ponctuer son discours d’un appel à l’union de tout le peuple israélien. Il a ainsi rendu un hommage appuyé aux travaillistes, qui ont su "s'élever au-dessus des divergences d'opinion" pour faire face à la situation créée par la révolte palestinienne. Il a qualifié son prédécesseur travailliste Ehud Barak de "combattant" et de "commandant courageux", et a décrit Shimon Peres, qui sera ministre des Affaires étrangères dans son gouvernement, comme "un leader très distingué et expérimenté".
"La situation sécuritaire, les difficultés internationales, la haine qui nous entoure nous obligent à l'union, une véritable union qui signifie une réconciliation nationale", a assuré Sharon. "Je ferai tout pour justifier la confiance de ceux qui m'ont élu et relever les défis énormes auxquels nous sommes confrontés. (...) J'ai promis avant et après mon élection qu'il y aurait un gouvernement d'union nationale jusqu'en novembre 2003".