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Journée de la femme"D’un 8 mars à l’autre, d’une Journée des Femmes à l'autre, la condition féminine en France avance. Loi du 6 juin 2000 sur la parité, proposition de loi sur l'égalité professionnelle : les textes destinés à faire progresser la cause de l’égalité des sexes se multiplient. Dans son bilan annuel, la secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, Nicole Péry, traque les secteurs de la vie publique ou privée où cette égalité reste à conquérir, et va jusqu’à chiffrer le temps consacré par les hommes et les femmes aux tâches domestiques. Dans le même temps, ignorées, oubliées, des femmes meurent, sont recluses, torturées, réduites à la servitude. Le silence est leur seul lot, nul ne s’émeut de leur sort. Elles ont le grand tort d’être afghanes.
Le silence peut paraître d’autant plus choquant aujourd’hui, que les gouvernements de nombreux pays ont tout récemment multiplié les appels au régime des taliban, au pouvoir à Kaboul. Mais il s’agissait de sauver des trésors de pierre, et bien peu nombreuses ont été les voix qui ont rappelé à cette occasion que les taliban iconoclastes étaient aussi les fossoyeurs des droits et des espoirs des femmes de leur pays. Le quotidien Le Monde a cependant publié le 28 février un manifeste intitulé "Au secours", dans lequel des personnalités aussi diverses que Martine Aubry, Roselyne Bachelot, Yvette Roudy, Robert et Elisabeth Badinter, ont déclaré "adhérer à la déclaration des droits fondamentaux de la femme afghane". Et aujourd’hui même, un rassemblement de soutien aux luttes des femmes afghanes est organisé à Paris, à l'appel du Collectif national des droits des femmes.
Mais en Afghanistan, la conception même des droits de la femme est très différente de celle qui peut prévaloir en Europe et en France. Pour tf1.fr, Elisabeth Cazaux, du Collectif Liberté Afghanistan, évoque la condition des femmes afghanes ; elle accuse l’Occident de complicité de crime contre les femmes à l’échelle de tout un pays – un crime qui se perpétue depuis 1996.
Tf1 .fr : Que pensez-vous de la vague d’indignation qu’a soulevée au sein de nombreux gouvernements l’annonce par les taliban du projet de destruction des bouddhas géants de Bamiyan – alors que dans le même temps, la communauté internationale reste plutôt indifférente à la situation des femmes afghanes?
Elisabeth Cazaux :
Le patrimoine culturel afghan est de première importance dans le monde, puisqu’il est le reflet d’une des plus vieilles civilisations de Haute-Asie. On peut donc comprendre tout ce battage médiatique. Mais il est vrai que, en comparaison, on a très peu parlé dernièrement du sort des femmes en Afghanistan. Par exemple, lorsqu’un groupe de femmes occidentales s’est rendu à ce propos à Douchanbé, au Tadjikistan voisin, au moins de juin 2000, à l’initiative de l’association Negar, personne n’a pris le relais dans les médias, pour montrer que les femmes afghanes étaient elles-mêmes capables de sortir la tête hors de l’eau et de réclamer leurs droits (1) .Tf1 .fr : Où en sont actuellement les droits des femmes en Afghanistan ?
Elisabeth Cazaux :
Au nord du pays, le gouvernement – officiellement reconnu par l’Onu – de l’Etat islamique d’Afghanistan se dit régulièrement prêt à donner tous leurs droits aux femmes. Le commandant Massoud lui-même (2) réclame pour les femmes le droit d’être élues, le droit à l’instruction… Avant Madame Badinter, le commandant Massoud a été le premier homme politique à signer la charte des droits fondamentaux de la femme afghane (1) – ce dont aucun média ne s’est fait l’écho.Mais dans toutes les régions tenues par les taliban, les femmes sont prisonnières. Elles ne
peuvent pas sortir sans être accompagnées par un membre mâle de leur famille. Même lorsqu’elles sont chez elles, elles doivent recouvrir les fenêtres de voiles noirs, pour qu’on ne puisse pas les apercevoir de l’extérieur. Les femmes qui travaillent pour des ONG sont elles-mêmes en butte à des interdits de ce genre : elles ne peuvent pas faire travailler des femmes afghanes, ou alors seulement dans un certain quota très strict ; et si elles dépassent ce quota, elles risquent de voir débarquer les brigades du ministère de la prévention du Vice, qui n’hésitent pas à battre les femmes, à les torturer…
L'Afghanistan aux mains des taliban
Les femmes sont aussi un enjeu de guerre. Lors des dernières offensives des taliban dans les régions du Nord, ils n’ont pas hésité à kidnapper des centaines, voire des milliers de femmes de différentes ethnies – Ouzbèkes, Tadjikes... Il existe ainsi des prisons de ces femmes à Kaboul, à Kandahar. Les taliban les prennent ensuite pour femmes, selon le rituel pashtoun. De cette manière, ils tentent d’éradiquer toute trace de la culture persane en Afghanistan. Des spécialistes comme Michael Barry l’ont bien expliqué : pour détruire un pays, le plus efficace est de s’en prendre aux femmes, qui représentent une sorte d’intemporalité, qui représentent l’avenir. Dans ces pays féodaux, c’est aussi par les femmes que passe la tradition. S’attaquer aux femmes, c’est de plus s’attaquer à l’honneur des hommes.
Elles n’ont aucun droit. Elles n’ont pas droit à la santé, si ce n’est dans des ONG, des associations occidentales. On leur laisse de temps en temps le droit de travailler un peu pour nourrir leur famille. Mais, ceci mis à part, elles n’ont aucun droit, absolument aucun.
Tf1 .fr : Pourquoi, à votre avis, ce silence des médias occidentaux ?
Elisabeth Cazaux : Les médias ne veulent sans doute pas s’attaquer à un sujet aussi complexe. Le combat des femmes d’Afghanistan, par exemple, ne correspond pas vraiment à la lutte des femmes en Occident. On ne peut pas s’attendre à ce que les femmes afghanes, du jour au lendemain, cessent de porter le voile, qu’elles s’habillent à l’occidentale… Il n’en demeure pas moins que, lors de cette fameuse conférence de Douchanbé qui a vu l’établissement d’une charte des droits des femmes afghanes, par les femmes afghanes, des journalistes occidentales étaient présentes. Mais lorsqu’elles sont revenues, personne n’a voulu publier leurs reportages. Autre élément qui peut expliquer ce silence : au cours de cette conférence, aussi bien les femmes afghanes que les femmes occidentales ont mis directement en cause le Pakistan
(3). Le Pakistan arme, pilote et finance les taliban, des compagnies entières des forces pakistanaises se trouvent en ce moment en Afghanistan ; le Pakistan est donc directement responsable de cet écrasement des femmes afghanes. Pourtant, dans les diverses résolutions de l’Onu sur l’Afghanistan, jamais le nom du Pakistan n’a été cité. La France, par exemple, ne veut pas se brouiller avec le Pakistan, qui lui achète des armes, des Mirage. Il y a donc un vrai malaise à ce sujet – dont les femmes afghanes font les frais.(Photo d’ouverture : manifestation d’Afghanes, le 08 mars 1998, place de la République à Paris – AFP)
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(1) Ce groupe de femmes suivait la conférence "Femmes en marche pour l'Afghanistan" (organisée à Douchanbé, Tadjikistan, du 26 au 28 juin 2000 par l'association Negar). Elle avait pour but l’élaboration d’une charte des droits fondamentaux de la femme afghane afin d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la répression dont les femmes sont victimes dans ce pays. A la suite de cette réunion, un groupe de journalistes afghanes et de représentantes de la conférence s’est rendu en Afghanistan le 29 juin. Voir l’interview du Commandant Ahmad Shah Massoud réalisée à cette occasion, notamment sur le droit des femmes. Voir également l’interview de Massoud par la délégation européenne, le 10 Juin 2000(2)
Les forces du commandant Massoud sont fidèles au gouvernement de la république islamique d'Afghanistan, seul gouvernement officiellement reconnu par la communauté internationale(3)
Lire Olivier Roy, "La crise afghane au miroir des ambitions étrangères", Le Monde diplomatique, juillet 1993
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Liens utiles :
Associations, collectifs, groupes de travail :
- Le collectif
Liberté Afghanistan- Women's Alliance for Peace and Human Rights in Afghanistan
- Le centre d’études sur l’Afghanistan de l’Onu
- Afghan Women and Education
- Women on the Road for Afghanistan (WORFA)
Rapports, dossiers de presse :
- Le
calvaire des femmes afghanes dénoncé par Amnesty International- L'Afghanistan, cimetière des droits de la femme, dossier de Plurielles
- Dossier spécial sur la situation des femmes en Afghanistan sur le site de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
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