Quand les taliban tuent leur patrimoine

Par Matthieu DURAND et Alexandra GUILLET , le 02 mars 2001 à 12h33 , mis à jour le 02 mars 2001 à 12h57

Des chefs-d’œuvre de l’art préislamique disparaissent sous les coups des taliban. L’ordre de détruire les statues, donné par le mollah Mohamed Omar, a donc été mis à exécution malgré les vives réactions de la communauté internationale.

Les taliban ne sont pas fréquentables © INTERNE

Les motivations des taliban sont également politiques  

Les réactions de la communauté internationale 

Les étudiants islamiques afghans ont commencé à "casser des pierres", selon l’expression de leur chef suprême, le mollah Mohamed Omar, qui a donné l’ordre mardi de détruire toutes les statues afghanes. Le ministre de l'Information et de la Culture, Quudratullah Jamal, qui est chargé de cette besogne en association avec le ministère pour la Promotion de la Vertu et la Lutte contre le Vice (la police religieuse), l’a confirmé : "Des statues ont déjà été détruites dans les provinces de Ghazni, Kandahar, Herat et Jalalabad", respectivement au centre, au sud, à l’ouest et à l’est du pays. Le ministre taliban de l'information a affirmé samedi que la campagne de destruction totale actuelle serait terminée dans "trois jours". 

Bouddhas géants sous la mitraille ?

Il a par ailleurs confirmé que les deux bouddhas géants de Bamiyan, situés au centre de l'Afghanistan, seraient "complètement détruits". Les taliban auraient déjà commencé à préparer des explosifs pour détruire ces statues haute de 38 et 55 mètres, sculptées dans la falaise de Bamiyan. Les habitants de la région sont en train d'être évacués.

Les bouddhas auraient déjà essuyé les tirs de miliciens sur place, dès jeudi. "Ils ont commencé jeudi à tirer avec des blindés, des lance- roquettes antichars et avec toutes les armes qu'ils avaient sous la main. Ils l'ont fait de leur propre initiative", a précisé un officiel taliban qui ne veut pas être nommé.

Indignation internationale

Depuis l’annonce du mollah Omar, la communauté internationale multiplie les réactions indignées et appelle à l’arrêt de ces destructions. Le représentant de l'Onu en Afghanistan, Francesc Vendrell, a fait part lors d'un entretien avec le ministre des Affaires étrangères des taliban, Wakil Ahmed Muttawakil, de la "grave préoccupation" du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan et des Etats membres de l'organisation.

L'Unesco s'est également mobilisée depuis mercredi pour tenter de faire revenir les taliban sur leur décision. Son directeur général, Koïchiro Matsuura, a convié les représentants des 54 Etats membres de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) à une "réunion de crise" jeudi en fin d'après-midi et contacté plusieurs ambassadeurs, dont ceux de pays proches de Kaboul, tels le Pakistan et l'Arabie Saoudite.

Dans une déclaration faite vendredi matin à l'ouverture d'un colloque intitulé "Patrimoines d'Asie centrale et d'Afghanistan", qui réunit des spécialistes du monde entier au siège parisien de l’organisation, Koïchiro Matsuura a annoncé qu’il avait demandé à Pierre Lafrance, ancien

L'Unesco
a envoyé
vendredi
un émissaire
à Kaboul

ambassadeur de France à Téhéran, à Nouakchott et à Islamabad, de porter un message aux autorités afghanes. Il doit arriver vendredi après-midi dans la capitale pakistanaise, d'où il se rendra directement à Kaboul avant de gagner Djeddah (Arabie Saoudite), où il s'entretiendra avec le nouveau secrétaire général de l'OCI, Abdelouahed Belkeziz. Reste à savoir si les taliban, isolés diplomatiquement et critiqués de toutes parts, y compris au sein du monde musulman, accepteront de revenir sur leur décision.

Par Matthieu DURAND et Alexandra GUILLET le 02 mars 2001 à 12:33
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