Que faire de Milosevic ?

Par Franck LEFEBVRE , le 01 avril 2001 à 19h03 , mis à jour le 31 mars 2001 à 19h24

La question est posée désormais de la façon la plus claire, alors que Milosevic, arrêté, se trouve à la prison de Belgrade. Les Yougoslaves veulent qu'il soit jugé en Yougoslavie, le TPI réclame une extradition... De leur côté, les pays occidentaux évitent le sujet pour l'instant, se contentant de se réjouir de l'arrestation.

milosevic oeil © INTERNE

Même déchu, même sans aucun pouvoir officiel, Milosevic conserve une capacité de nuisance exceptionnelle. Au sein de son propre pays tout d’abord, où ses partisans n’ont pas hésité à s’opposer, les armes à la main, aux forces spéciales de police qui venaient arrêter l’ex-président yougoslave. Sur la scène internationale, ensuite, où son cas embarrasse autant la Yougoslavie – qui pourrait se voir privée d’une aide de 100 millions de dollars – que les divers Etats occidentaux. Désormais sous les verrous  à la prison centrale de Belgrade, la question est posée : que doit-on faire de Milosevic ?

"Nous les Yougoslaves, on n'aime pas les leçons"


Le compte à rebours a commencé
pour Milosevic
Pour la majorité des Yougoslaves, la réponse est évidente : il faut que Milosevic soit jugé… dans son pays. Radomir Diklic, l'ambassadeur de la République fédérale de Yougoslavie en France, l’a rappelé de manière ferme, samedi, lors d'une émission télévisée sur La Cinquième. "Un pays démocratique cela veut dire une justice indépendante. Pourquoi ne pas penser qu'il y aura un procès équitable? Nous les Yougoslaves, on n'aime pas les leçons (...). Nous ne sommes pas un Etat irresponsable et nous allons agir comme il faut, mais il nous faut du temps". Et si un peu plus tard, dans l’après-midi, il a quelque peu tempéré ses propos sur LCI, parlant alors d’un jugement en Yougoslavie suivi d’un jugement par le TPI, il n’en reste pas moins que beaucoup de Yougoslaves apprécieraient peu une extradition…

Mais pour les autorités croates, la réponse est tout aussi claire : elles ne se satisferont que d'un transfert de Milosevic devant la justice internationale à La Haye. Maintenant qu'il est en prison, a souligné le chef de l'Etat croate, Milosevic "est parti pour un long voyage qui devra nécessairement s'achever devant les juges du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye". Le ton est le même dans la Bosnie-Herzégovine voisine, encore largement sous tutelle de la communauté internationale après la guerre de cinq ans qui a opposé entre elles ses communautés croate, musulmane et serbe. Pour le ministre bosniaque des Affaires étrangères Zlatko Lagumdzija, l'affaire Milosevic ne sera pas conclue tant que l'ancien président yougoslave n'aura pas été livré au TPI. La Slovénie, qui elle non plus au début des années 90 n'avait pas échappé à la convoitise serbe attisée depuis Belgrade par Milosevic, se félicite aussi de l'arrestation, sans vouloir cependant évoquer la question de La Haye.

"Milosevic doit être livré"

Pour sa part, la communauté internationale se contente pour l'instant de se féliciter de l'arrestation. Jacques Chirac indique notament qu'il "se réjouit également que les autorités yougoslaves aient confirmé leur choix du chemin de la démocratie et du droit. "Ce jour, était attendu depuis longtemps. Justice doit maintenant être faite." Même satisfaction du côté de Londres. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, indique que "c'est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui s'efforcent depuis très longtemps d'apporter la paix et la justice dans les Balkans. C'est un autre pas important qui permettra de forcer Milosevic et ses "copains" à rendre compte de leurs crimes contre l'humanité". "L'arrestation de Milosevic doit être la première étape conduisant à un procès pour crimes contre l'humanité pour lesquels il est inculpé", a indiqué pour sa part le président américain Georges W. Bush.

Les institutions internationales ont été plus directes. Le procureur du TPI, Carla Del Ponte, citée par sa porte-parole, a appelé les autorités yougoslaves à prendre "l'engagement immédiat, clair et sans ambiguïté que Milosevic sera livré à La Haye". A l'ONU, le porte-parole, Fred Eckhard, a souhaité que l'arrestation de l’ex-président yougoslave soit "le premier pas vers sa traduction en justice". Le porte-parole d'Amnesty International, Neil Durkin, a quant à lui déclaré que "le droit international pourra finalement rattraper son retard concernant Milosevic".

Par Franck LEFEBVRE le 01 avril 2001 à 19:03
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