Reprise des tirs dans le nord de la Macédoine

Par Franck LEFEBVRE , le 06 mars 2001 à 10h40 , mis à jour le 06 mars 2001 à 00h08

La violence continue dans la vallée de Presovo, malgré les tentatives du gouvernement de Kostunica pour parvenir à un accord avec les groupes armés albanais. La Macédoine voisine, confrontée aux attaques des séparatistes de l'UCK, commence à mobiliser. Face aux risques d'escalade, l'Otan pourrait autoriser les forces yougoslaves à se déployer dans la zone frontalière.

ucpmb drapeau albanais © INTERNE

Les échanges de tirs entre extrémistes albanais et forces gouvernementales ont repris mardi matin dans le nord de la Macédoine. "Les forces macédoniennes ne font que répondre à des provocations des extrémistes albanais" dans la région de Tanusevci, village situé à la frontière avec le Kosovo, a déclaré un représentant du ministère qui a requis l'anonymat. Ce regain de tension intervient alors que le gouvernement de Belgrade s’épuise en propositions de compromis qui ne parviennent pas à endiguer la violence dans les zones détenues par les extrémistes albanais. De l’autre côté de la frontière, la Macédoine réagit donc en décrétant un début de mobilisation. Les gouvernements occidentaux observent. Officiellement, il n’est pas question pour l’heure d’envoyer des troupes de l’Otan dans la région. Mais face au risque croissant d’explosion, lors d'une réunion extraordinaire au siège de l'OSCE à Vienne, les représentants des 55 Etats membres de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe ont "fermement soutenu l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'ancienne république yougoslave de Macédoine et l'inviolabilité de ses frontières", et condamné les actions des extrémistes albanais qui "ne peuvent que détériorer le fragile équilibre dans la région". L'Otan pourrait même, selon des informations non confirmées à cette heure, autoriser les forces yougoslaves à se déployer dans la zone frontalière entre le Kosovo et la Macédoine.

Négociations à coups d’obus

Lundi, aux nouvelles propositions de compromis de Belgrade, les guérilleros albanais ont répliqué par de nouvelles attaques. Alors même que le gouvernement de Serbie annonçait l'examen dans la semaine d'un "plan de règlement" avec les Albanais du Kosovo, les tirs d’obus

Paradoxalement, tout concourt
aujourd’hui à une alliance objective
des gouvernements de Skopje et
Belgrade pour mettre fin à leur différend
frontalier, ce qui isole d’autant plus
les extrémistes albanais. Lorsque, au début
des années 90, la Macédoine est devenue
indépendante, le régime de Slobodan
Milosevic a refusé de reconnaître ses
frontières, en revendiquant des zones
d'importance stratégique au sein du nouvel
Etat. L’arrivée au pouvoir de Vojislav
Kostunica a changé la donne. Tout d’abord,
parce que la Macédoine a été parmi les
premiers à reconnaître le nouveau
gouvernement démocratique de Belgrade.
Ensuite, parce que Kostunica compte,
en vidant l’abcès avec Skopje, asseoir son
image de promoteur de la stabilité dans
la région. Les extrémistes albanais au
Kosovo comme en Macédoine apparaissent
donc désormais comme les seuls à ne pas
vouloir de ce règlement – les plus radicaux
d’entre eux allant jusqu’à contester
l’actuelle frontière administrative, qu’ils
voudraient redessiner de façon à réunir
les communautés albanaises de part
et d’autre de la frontière...
reprenaient dans le secteur des villages de Lucane et Dobrosin, au sud-est du pays. Mis au point par le vice-Premier ministre serbe Nebojsa Covic, ce plan prévoyait pourtant une meilleure intégration des Albanais au sein des institutions de Serbie, un retrait de toute force serbe de la zone de sécurité entre le Kosovo et la Serbie, et une aide économique appuyée par une assistance internationale. Il s’agissait d’une vraie rupture avec le régime de Milosevic, qui refusait le principe même d’une négociation. Mais pour Riza Halimin, maire de Presevo, chef du PVD et l’un des "négociateurs" albanais chargés d’établir un compromis avec Belgrade, toute discussion devra être précédée d’un "accord de cessez-le-feu". Réponse, donc, des groupes armés albanais aux propositions de Belgrade : des tirs de roquettes…

Depuis un an, le sud-est de la Serbie voit ainsi se multiplier les accrochages entre les forces de police serbes et l'Armée de libération de Presevo-Medvedja-Bujanovac (UCPMB), branche de l’Armée de libération du Kosovo (UCK, officiellement dissoute). L'UCPMB occupe une bande de territoire de 5 kilomètres de long, correspondant à la zone de sécurité établie en juin 1999 par l'Otan, et qui longe la limite administrative entre la Serbie et le Kosovo. Depuis cette zone, l’UCPMB harcèle les forces serbes, auxquelles le secteur est de fait interdit.

La Macédoine mobilise

La zone est d’autant plus explosive que, parallèlement, des groupes albanais qui ont repris le sigle de l’UCK opèrent dans la région de la Macédoine frontalière avec le Kosovo. Ils ont pris pied dans le village de Tanusevci, qu’ils occupent depuis plusieurs semaines, et harcèlent également les forces macédoniennes. Un soldat macédonien a été tué dimanche par des coups de feu tirés de Tanusevci, et deux autres par une mine qui a explosé sous leur véhicule, ce qui a décidé le gouvernement macédonien à fermer sa frontière avec le Kosovo. Une nouvelle étape a été franchie lundi avec la mobilisation de l'ensemble des réservistes de la police de Macédoine et d’une partie de ceux de l'armée. L'UCK macédonienne se ravitaille en armes, notamment, au Kosovo. Lundi, la Force multinationale de paix a ainsi affirmé avoir observé entre 75 et 150 combattants albanais opérant dans la zone frontalière. Tout au long de la journée, les hélicoptères de la Kfor ont survolé la zone ; l’accès au village de Mijac, considéré comme un point de passage et de ravitaillement des extrémistes albanais, a été bloqué, et la Kfor a renforcé ses contrôles dans le village de Debelde. Ce qui n’est pas forcément bien accepté par les habitants de Debelde, qui, officiellement, n'ont jamais entendu parler de l'UCK. Mais l’incapacité de la Kfor à maintenir un semblant d’ordre dans la région est notoire.

Dans le sud-est de la Serbie, comme à la frontière macédonienne, on trouve les mêmes extrémistes qui ont décidé de mener un combat de libération de tous les Albanais qu'ils jugent opprimés, et se retrouvent, selon le mot d’un membre de la Kfor qui a requis l’anonymat, "dans une logique de guerre" dans le prolongement de celle du Kosovo. Mais contrairement au cas du conflit du Kosovo, les Albanais de l’UCK (M) ou de l’UCPMB n’ont aujourd’hui aucune aide à espérer des Occidentaux. Surtout, l’Occident, en refusant d’entendre les revendications albanaises, veut contenir un nouveau conflit qui pourrait embraser toute la région, et faire basculer dans le chaos la Macédoine – où, selon les estimations, vivent entre 23 % et 30 % d'Albanais regroupés principalement dans la capitale, Skopje, et dans le nord-ouest du pays. Dans un tel voisinage, les revendications politiques des Albanais de Macédoine, qui réclament une meilleure reconnaissance au sein de la société et des institutions macédoniennes, pourraient facilement déboucher sur des affrontements.

(Photo d’ouverture : des membres de l’UCPMB hissant le drapeau albanais – AFP)

Par Franck LEFEBVRE le 06 mars 2001 à 10:40
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