Retour des Serbes en zone sensible

Par Léonard VINCENT , le 14 mars 2001 à 10h47 , mis à jour le 14 mars 2001 à 11h17

Les premières unités des forces yougoslaves ont pénétré mercredi matin dans la zone de sécurité qui borde le Kosovo, conformément à l'accord conclu avec les rebelles albanais et la Kfor. Le retour des soldats serbes suscite autant de crainte chez les civils que de perplexité chez les maquisards. En Macédoine, les combats continuent.

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"Ce n'est pas un cessez-le-feu, ça, je n'y crois pas du tout".
Un maquisard de l'UCPMB

Mustafa, jeune maquisard de l'UCPMB, ne croit pas au cessez-le-feu. Depuis sa tranchée de la position de Sveti Ilija, dans les hauteurs du sud de la Serbie où opère depuis plus d'un an l'Armée de libération de Presevo-Medveja-Bujanovac, il scrutait mardi, avec ses amis combattants, les forces serbes, à quelques centaines de mètres. "Nous les avons observées en train de creuser des tranchées, assure-t-il. Ce n'est pas un cessez-le-feu, ça, je n'y crois pas du tout". La trêve convenue entre Belgrade et les rebelles albanais, sous l'égide de l'Otan, est entrée en vigueur lundi à minuit. "S'ils tentent quelque chose, on est prêts, explique de son côté le soldat Gazi. Mais tant que le commandement nous donne l'ordre de ne pas tirer, on obéit".

GUERILLA EN MACEDOINE

Village par village, alors que les paysans ont déserté leurs maisons, la vallée de Lipkovo, côté macédonien, retombe peu à peu sous contrôle des forces gouvernementales. Mercredi matin, Malino Malo, quartier-général de l'UCK-M situé sur la frontière avec la Serbie, était encore le théâtre de combats. Un porte-parole du ministère de l'Intérieur indiquait mardi soir que l'opération de sa police se poursuivait vers Brest où sont retranchés "des terroristes qui ont miné l'accès", lesquels "ouvrent le feu" depuis leur nouvelle "place forte". De peur d'être assimilés à la guérilla, près de 25.000 jeunes ont toutefois défilé mardi dans les rues de la capitale, réclamant un meilleur statut pour les Albanais de Macédoine, sous des pancartes disant : "Nous ne sommes pas des terroristes" ou "Paix et justice".

Mercredi matin, les premières forces armées yougoslaves sont entrées dans la zone terrestre de sécurité qui borde sur 5 kilomètres le Kosovo, conformément au texte de l'accord. A bord de jeeps, les éléments de la 3ème armée et des unités spéciales ont pris position dans le secteur "C" de la région-tampon imposée en juin 1999 par l'Otan, pour éviter tout contact entre la Kfor et les militaires serbes. Pour superviser les opérations, Belgrade a dépêché dans la localité voisine de Miratovac le chef d'état-major Nebojsa Pavkovic et le général Vladimir Lazarevic, commandant la 3ème armée, ainsi que des responsables de la police de Serbie. Le territoire que leurs hommes pourront occuper représente environ 25 kilomètres-carrés, aux confins de la Serbie, du Kosovo et de la Macédoine, de manière à couper le point de passage des maquisards de l'UCPMB et de l'UCK-M, qui affrontent encore l'armée de Skopje (Cf. Encadré).

Dans les villages à majorité albanaise du sud de la Serbie, la crainte était à son comble, à la veille du retour des Serbes, près de deux ans après la guerre du Kosovo. "Nous insistons pour que le déploiement se fasse avec mesure et progressivement", a demandé mardi le maire de Presevo, Riza Halimi, principal interlocuteur pour les négociations. L'opération de déploiement préventif "doit se dérouler en consultation avec la population, a-t-il expliqué, car déjà aujourd'hui, il y avait de la nervosité dans l'air". Pour s'efforcer de tempérer l'appréhension des civils albanais de la région, le vice-Premier ministre serbe Nebojsa Covic, chargé par le président Kostunica du dossier de la vallée de Presevo, s'est rendu dans le village voisin de Norac. "Il y a eu des violences du temps de Slobodan Milosevic, a-t-il assuré aux habitants albanais, mais il faut changer les choses, n'ayez pas peur, je sais que vous n'avez pas confiance en nos forces, la confiance ne peut se reconstruire en une nuit, mais avec de la patience on y arrivera".

Par Léonard VINCENT le 14 mars 2001 à 10:47
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