Les statues tombent, le monde s'indigne

Par Matthieu DURAND , le 02 mars 2001 à 12h07 , mis à jour le 02 mars 2001 à 12h44

Alors que la destruction de l’art statuaire préislamique a débuté en Afghanistan, la communauté internationale fait part de son indignation et rappelle les taliban à la raison.

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En Asie, les pays bouddhistes (Sri Lanka, Népal, Thaïlande) ont été les premiers à réagir, suivis par l’Inde. Pour Raminder Jassal, porte-parole du ministère des Affaires étrangères indien, "il est absolument scandaleux que les taliban persistent dans leur programme obscurantiste et moyenâgeux". Son homologue pakistanais, dont l’Etat est pourtant l’allié le plus proche du régime de Kaboul, a demandé "au gouvernement afghan de prendre des mesures pour protéger totalement les monuments historiques, les sites et les chefs-d'œuvre de l'Afghanistan qui font partie du patrimoine mondial". L’Iran a également condamné ces destructions massives.

Le mufti d'Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, l'une des deux plus hautes autorités musulmanes sunnites du pays, s'est déclaré "étonné" par la décision des taliban et affirmé que l'islam n'interdit pas la conservation des statues antiques. Elles "ne sont qu'une transcription de

"L'islam n'interdit
pas la
conservation des
statues antiques",
cheikh Wassel.

l'histoire et n'ont aucun impact négatif sur la foi des musulmans", a ajouté le mufti, dont les fatwas (avis religieux) ont effet de loi pour les musulmans sunnites, auxquels appartiennent les taliban.

"Inquiétude" et "consternation" en France

Parallèlement à ces critiques de pays riverains de l'Afghanistan, la plupart des grandes puissances se sont jointes au tollé contre la décision du régime de Kaboul. En France, Jacques Chirac a écrit à Koïchiro Matsuura, secrétaire général de l’Unesco, pour lui faire part de son "inquiétude" et de sa "consternation". "Seule l'Unesco me paraît à même de mobiliser sans délai la communauté internationale afin de prévenir l'exécution de ce projet désastreux", a indiqué le chef d'Etat français. Selon Bernard Valero, porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, "ce n'est pas par de tels comportements que les taliban pourront se rapprocher de la communauté internationale. Tant que les taliban ne modifieront pas radicalement leur comportement sur le terrorisme, la drogue, les droits de l'homme, et tout particulièrement la condition de la femme, la recherche d'une solution négociée afin de ramener la paix en Afghanistan, la communauté internationale et l'opinion publique, notamment française, leur resteront hostiles".

Un musée américain souhaite conserver les statues

Enfin, le directeur du Metropolitan museum of Art de New York, Philippe de Montebello, a quant à lui appelé les taliban à cesser "la destruction d'importants exemples de l'héritage culturel mondial" et leur a proposé de les conserver dans son musée. "Dans la mesure où les taliban trouvent ces représentations choquantes, plutôt que les détruire, nous, le Metropolitan, serions prêts à venir avec des experts à nos propres frais et en collaboration avec eux pour prendre les pièces qui sont manifestement transportables et les conserver au musée", a-t-il précisé.

Par Matthieu DURAND le 02 mars 2001 à 12:07
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