La Suisse s'apprête à dire non à l'Europe

Par , le 04 mars 2001 à 16h17 , mis à jour le 03 mars 2001 à 16h38

Les Suisses se prononcent aujourd'hui sur un référendum visant à accélérer l'adhésion à l'Union européenne. Une adhésion qui devrait être rejetée, les milieux d'affaires et l'opinion se sentant pris à rebrousse poil par Bruxelles sur plusieurs questions sensibles.

suisse2 drapeaux cartes-drapeaux monde © INTERNE

La Suisse a toujours prôné sa neutralité et ses habitants ne semblent pas voir d’un très bon œil le référendum organisé aujourd’hui sur une éventuelle adhésion accélérée de l’Etat à l’Union européenne. Selon les derniers sondages, 58% des Suisses voteraient contre l'ouverture immédiate de négociations d'adhésion, et 32% pour.

Entre " euro-turbos ", " euro-escargots " et "eurphobes"

La campagne a été décrite comme un combat entre "euro-turbos" et "euro-escargots". On y a vu d'une part, les jeunes socialistes, à l'origine de l'initiative, et tous ceux qui souhaitent ces négociations immédiates. Face à eux, les autres europhiles, dont le gouvernement, veulent l'intégration de la Confédération dans l'Europe, mais qui estiment le moment prématuré et qu'il vaut mieux attendre que les esprits mûrissent : autrement dit, ils veulent repousser l'ouverture de négociations à la prochaine législature (2003-2007).

Des europhiles comme M. Deiss estiment que ce vote, qu'ils prévoient négatif, sera du blé à moudre pour le troisième camp, celui des europhobes, défenseurs des valeurs traditionnelles et de la neutralité de la Suisse, qui se recrutent beaucoup dans la droite populiste et dans la Suisse alémanique profonde.

Milieux d’affaires et opinion publique sont sceptiques

Plusieurs affaires ont pris à rebrousse poil les Suisses : les pressions de Bruxelles pour que Berne accepte des réformes sur la fraude fiscale et la taxation de l'épargne, la peur des banques de devoir abandonner le sacro-saint secret bancaire, un rapport parlementaire français accusant la Suisse de mener un combat de façade contre l'argent sale, la crainte de devoir un jour abandonner les atouts du franc suisse. Chez nombre de petits entrepreneurs, commerçants, agriculteurs, ce sont des réglementations imposées par Bruxelles, par exemple en matière de TVA, qui font peur. A cela, s'ajoute l'attachement viscéral au système cantonal, à l'autonomie politique de décision. Les mesures prises l'an dernier par l'UE contre l'Autriche voisine en raison de la présence de l'extrême droite dans son gouvernement, ont été très mal perçues dans une partie de l'électorat suisse.

Par Alexandra Guillet le 04 mars 2001 à 16:17
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