Tetovo : le silence après le feu

Par Léonard VINCENT , le 24 mars 2001 à 16h20 , mis à jour le 23 mars 2001 à 16h48

Après le pilonnage des positions de l'UCK, l'armée macédonienne a cessé le feu depuis vendredi. Ce matin, le calme régnait à Tetovo. Des informations contradictoires circulent sur le bilan des combats. Les responsables politiques albanais du Kosovo ont unanimement demandé aux maquisards de déposer les armes.

macédoine tetovo vue jour © INTERNE

La plupart des civils albanais qui vivaient dans les zones sous contrôle de la guérilla avaient majoritairement refusé de quitter leurs foyers.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, après 36 heures de calme, l'armée macédonienne a massivement ouvert le feu au mortier, à la mitrailleuse lourde et au canon de 105 et 120 millimètres sur les collines dominant Tetovo. La riposte des maquisards de l'Armée de libération des Albanais de Macédoine, nichés sur les hauteurs, a été légère. La plupart des civils albanais qui vivaient dans les zones sous contrôle de la guérilla avaient majoritairement refusé de quitter leurs foyers, tandis qu'une dizaine de milliers d'habitants de Tetovo sont allés chercher refuge dans les centres de la Croix-Rouge, dans la capitale. Depuis vendredi après-midi, sur le front, la situation est calme. Elle perdurait samedi matin.

On ignore encore le bilan de cette opération des forces gouvernementales contre les rebelles de l'UCK, des informations contradictoires circulant encore vendredi après-midi. Alors que, dans la matinée, un capitaine de la Kfor basé à Tetovo affirmait que 150 à 200 civils albanais de Macédoine, blessés dans les bombardements, avaient passé la frontière avec le Kosovo pour y demander "une assistance médicale", un porte-parole de la Force multinationale de l'Onu basé à Skopje a plus tard démenti cette information. "Selon nos informations, vingt personnes ont traversé la frontière Macédoine-Kosovo, dont onze enfants et neuf adultes. L'une d'entre elle, touchée par des éclats, a été soignée l'hôpital militaire allemand à Prizren, dans le sud du Kosovo.

Engagement unanime

Côté diplomatique, la communauté internationale commençait à s'inquiéter jeudi de la tiédeur de l'engagement des leaders albanais du Kosovo pour condamner les actes de guérilla. Le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, s'est ainsi interrogé devant la presse, après une longue réunion avec quelques responsables albanais : "Comment puis-je justifier devant les contribuables, les parlementaires et les médias européens que nous devons investir de grosses sommes d'argent si les leaders politiques ne s'engagent pas" sur des principes tels que la démocratie ?

"Nous, dirigeants des partis politiques du Kosovo, appelons les groupes extrémistes qui ont pris les armes sur le territoire de la Macédoine à les déposer immédiatement."

Après trois jours de pression, les trois principales formations kosovares ont en fin de compte obtempéré, en signant une déclaration commune. "Nous, affirme le document signé par Ibrahim Rugova, Hashim Thaci et Ramush Haradinaj, dirigeants des partis politiques du Kosovo, appelons les groupes extrémistes qui ont pris les armes sur le territoire de la Macédoine à les déposer immédiatement et rentrer chez eux pacifiquement." Ainsi isolés, reniés jusqu'au cœur de leur base arrière, les maquisards de l'UCK ne pourraient toutefois pas, eux, obtempérer avec autant de facilité.

Par Léonard VINCENT le 24 mars 2001 à 16:20
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