© INTERNEL’affaire a le don d’ennuyer profondément Omar Bongo. Le président gabonais l’a encore rappelé dimanche, avec une visible irritation : son pays "n'a pas la garde des enfants de la rue, ni des enfants qui travaillent dans les plantations de cacao et de café". Que certains puissent être vendus comme une simple marchandise ne saurait en rien concerner les institutions du Gabon. "Je ne connais pas où se passe ce genre de commerce au Gabon", assène donc Omar Bongo, assortissant ses dénégations d’un définitif : "il ne faut pas taquiner le Gabon sur cette affaire".
Un navire fantôme
Achetés 100 à 150 francs dans les villages, les enfants-esclaves pourront ête revendus jusqu'à 3.000 francs. Un trafic qui a connu une forte augmentation au cours des dernières années. |
Le "problème", selon l’expression pudique de la ministre béninoise, est constitué par la "cargaison" du navire : de 30 à 250 enfants, d’après l'UNICEF, victimes présumées d'un trafic de main d'œuvre. Cette forme moderne d’esclavage est encore fréquente en Afrique de l'Ouest ; elle a même enregistré une recrudescence ces dernières années au Bénin. Des centaines d'enfants, sans doute des milliers, y sont chaque année achetés à leur familles, très pauvres, et envoyés par le biais de filières organisées travailler comme domestiques ou manoeuvres agricoles dans les pays plus riches de la région. Achetés de 10.000 F CFA (100 FF, 15 euros) à 15 000 F.CFA (150 FF, 23 euros) dans les villages, ils sont revendus en fin de compte jusqu'à 300.000 F CFA (3.000 FF, 450 euros).
Que deviennent les petits passagers ?
La situation des petits esclaves qui errent sans doute en ce moment au large de la Guinée Equatoriale est particulièrement critique. On ignore dans quelles conditions s’effectue leur voyage – généralement, les trafiquants d’enfants ne s’embarrassent guère à l’égard de leur "cargaison". Par ailleurs, le capitaine et l’équipage du navire se savent recherchés. Ils pourraient tout à fait se débarrasser en pleine mer des enfants, témoins compromettants, avant de regagner un port. Cela leur serait d’autant plus facile qu’on ne connaît pas avec précision l’identité du navire. Les soupçons se dirigent actuellement vers "l’Etireno", battant pavillon nigérian, qui effectuait une rotation Lomé-Cotonou-Libreville avant d'être refoulé du Gabon. Un mandat d'arrêt international diffusé par le bureau d'Interpol à Cotonou a été lancé dimanche contre son affréteur béninois et tout l'équipage du bateau. Selon le manifeste d'embarquement, "l'Etireno" transportait à son départ de Cotonou le 30 mars, 139 passagers dont sept enfants, même si les responsables du port reconnaissent que la possibilité pour des clandestins d'embarquer à bord "n'est pas à exclure". Mais il n'est pas certain que le navire recherché soit bien "l'Etireno", un deuxième navire non identifié et transportant 250 enfants nigérians ayant été refoulé du Gabon quelques jours après.
(Illustration d'ouverture : la carte du trajet suivi par le navire depuis jeudi)
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