Le calme revenu, les questions restent

Par Christophe ABRIC , le 13 avril 2001 à 15h57 , mis à jour le 13 avril 2001 à 17h24

Le couvre-feu décrété par le maire de Cincinnati a été respecté, et il règne un calme relatif dans la ville. Mais la communauté noire américaine continue de se poser des questions sur le meurtre d'un des leurs par un policier blanc.

Emeutes à Cincinnati - blanc et noir © INTERNE

Le couvre-feu à Cincinnati a été efficace. Imposé par le maire de la ville après les trois jours d'émeutes qui ont bouleversé la ville américaine, il a été respecté. Au lendemain d'une première nuit aux rues désertes, Cincinnati s'est réveillée dans un calme relatif. Mais si les violences se sont éteintes, les questions demeurent : la mort du jeune noir Timothy Thomas, tué par un policier blanc, est plus qu'un banal fait divers. La réaction violente de la communauté noire est symptomatique de la tension qui règne sur ce sujet.

Un pasteur noir-américain de Cincinnati résume la situation : "Nous trouvions que Cincinnati était un chouette endroit pour élever nos enfants. Plus personne ne le dit : nous sommes juste une petite ville au bord d'un fleuve qui a peur d'aborder les vrais questions. Et notre sujet le plus important, c'est la race". Dans cette ville, 43% de la population est noire, et les rapports interraciaux y sont souvent tendus. Le maire de la ville l'a lui même reconnu.

Cincinnati est dans cette affaire comme une miniature de l'Amérique. Dans la ville, comme dans le pays, on ne peut plus parler de majorité raciale : le dernier recensement américain montre que latinos et noirs rejoignent en nombre les blancs, et 7 millions de personnes se sont déclarées "multiraciales". Mais dans cette ville comme dans le pays, la tension demeure. Si Cincinnati était un terrain particulièrement propice aux conflits, elle n'est pas la seule ville (Cf. encadré "Les précédentes émeutes") à connaître ce genre d'émeutes. A chaque fois, le même schéma, la même histoire : un policier blanc qui abuse de son pouvoir sur un noir, que ce soit pour le battre ou le tuer, puis la révolte d'une communauté.

A Cincinnati, la communauté noire se demande encore pourquoi un policier a décidé de tirer sur un gamin noir qui n'était pas armé. En face, on répond qu'il avait été l'objet de 14 mandats d'arrêts. Mais il s'agissait de conduite avec un permis périmé (3 mandats), ou sans permis (5 mandats), pour ne pas avoir mis sa ceinture (quatre), et pour obstruction (deux). La communauté noire de Cincinnati est revenue au calme. Mais elle risque de se demander encore longtemps si ce "casier" méritait telle peine.

Par Christophe ABRIC le 13 avril 2001 à 15:57
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