Il est finalement arrivé mardi après-midi, à bord d'un avion privé, loin des caméras et des tapis rouges. |
Il n'était jamais venu en Occident. Jusqu'à la semaine dernière, sa venue mercredi et jeudi à Paris puis à Strasbourg était qualifiée de "probable" par le Quai d'Orsay. Il est finalement arrivé mardi après-midi, à bord d'un avion privé, loin des caméras et des tapis rouges. Le commandant Ahmad Shah Massoud est en France pour un marathon diplomatique de deux jours, qui le mènera au ministère des Affaires étrangères puis au Parlement européen pour y rencontrer le ministre français, Hubert Védrine, et la présidente de l'assemblée des Quinze, Nicole Fontaine. Une visite historique, pour lui comme pour l'Union européenne, cinq ans après la conquête de Kaboul par les taliban, et alors que ses soldats se battent toujours contre les miliciens intégristes pachtounes.Le Lion du Panjshir, une vie de guérilla
Le désormais célèbre commandant Massoud, d'origine tadjik, se bat depuis plus de vingt ans dans son fief de la vallée du Panjshir, dans le nord-est de l'Afghanistan. Selon le gouvernement Rabbani dont il est le ministre de la Défense et vice-président, ses moudjahidin seraient à une quarantaine de kilomètres de la capitale, affrontant régulièrement les troupes taliban. Après des études d'architecture, celui que l'on nomme aujourd'hui "le Lion du Panjshir" s'est très tôt engagé dans les rangs des combattants anti-communistes, vivant plus de dix ans de maquis en luttant contre l'Armée rouge, avant de prendre ses fonctions politiques dans le gouvernement mis en place lors du retrait soviétique.
Miné par les rivalités des chefs de guerre, ingouvernable après près de quinze ans de guerre civile, l'Afghanistan tombe entre les mains des taliban en 1996. Massoud, qui défend Kaboul, préfère se retirer plutôt que de voir la capitale criblée de bombes. Depuis, il organise les troupes de l'Alliance du nord dans les montagnes et coordonne l'action politique du gouvernement déchu.
Critiques contre le silence de l'Elysée
"Résister aux ingérences extérieures et préparer la voie pour que chaque Afghan puisse décider librement de son avenir." |
Stratège hors pair, personnage opaque et lettré, ce jeune commandant d'une cinquantaine d'années réaffirme régulièrement son attachement au processus démocratique et aux libertés — et singulièrement celles des femmes — et son désintérêt pour toute ambition politique. "Le rôle de plus significatif que je vois pour moi à l'heure actuelle, affirmait-il l'année dernière lors d'une interview, est de résister aux ingérences extérieures et de préparer la voie pour que chaque Afghan puisse décider librement de son avenir." Cette silhouette très respectée en Occident ne sera toutefois pas reçue à l'Elysée, ce que n'ont pas manqué de relever de nombreux parlementaires, parmi lesquels Alain Madelin, Daniel Cohn-Bendit, François Léotard, Michel Rocard ou François Bayrou. Il sera toutefois reçu par le président de l'Assemblée nationale Raymond Forni mercredi en début d'après-midi, avant de rencontrer des Afghans en exil et des sympathisants français.