Les grands labos arrêtent les frais

Par Léonard VINCENT & Bastien BONNEFOUS , le 19 avril 2001 à 10h11 , mis à jour le 19 avril 2001 à 10h33

Le procès des médicaments génériques en Afrique du sud est clos. Les 39 groupes pharmaceutiques, qui avaient porté plainte contre la promulgation d'une loi favorisant l'accès à des soins anti-Sida moins coûteux, ont abandonné leurs poursuites. La décision a été annoncée jeudi matin.

Les firmes multinationales ont, outre l'abandon des poursuites, décidé d'assumer tous les frais de justice.

Sur les 39 groupes pharmaceutiques qui voulaient dénier le droit à l'Afrique du sud d'importer des produits génériques pour le traitement du Sida, la totalité ont abandonné leur plainte. Un conseiller de l'ONG Oxfam avait laissé entendre mercredi que "37 des 39 firmes" s'étaient retirés du procès opposant, entre autres, GloxoSmithKline, Rhône-Poulenc, Hoechst Marion-Roussel, Roche et Hoffmann-La Roche et l'Etat sud-africain. Des négociations étaient en cours et les firmes multinationales ont, outre l'abandon des poursuites, décidé d'assumer tous les frais de justice.
 
Les audiences s'étaient ouvertes le 5 mars dernier à Johannesburg. Les compagnies pharmaceutiques attaquaient en justice une loi sud-africaine de 1997, qui permet les importations parallèles et la production locale de substituts génériques de médicaments de marque. Selon ces compagnies, cette loi viole les règles commerciales mondiales en matière de propriété intellectuelle.

Cette loi, promulguée en 1997, autorise l'importation de médicaments génériques à bas prix sur le territoire sud-africain, le pays le plus touché au monde par le virus du sida : 4,2 millions de personnes contaminées, soit 10 % de la population totale. Mais près de quatre ans après son vote, cette loi n'était toujours pas entrée en vigueur. Son application était bloquée depuis février 1998 par l'action en justice de l'Association des industries pharmaceutiques. Celle-ci estimait que la loi violait les règles commerciales internationales en matière de propriété intellectuelle.

Un enjeu tout-autre

"Quelle est la priorité : les intérêts commerciaux des compagnies ou les gens qui tentent de rester en vie."

Mais, pour plusieurs organisations non-gouvernementales, l'enjeu du procès se situait en dehors de la scène judiciaire. "Quelle est la priorité : les intérêts commerciaux des compagnies ou les gens qui tentent de rester en vie", se demandait ainsi le mois dernier Ellen Hoen, porte-parole de Médecins Sans Frontières. Selon les ONG, 400 000 personnes sont mortes du sida en Afrique du Sud depuis que les compagnies pharmaceutiques ont bloqué la loi. Oxfam soulignait qu'"un des médicaments contre les maladies liées au VIH, est vendu 2 rands (environ 1 franc 80) par capsule en Thaïlande contre 120 rands (près de 109 francs) dans les pharmacies sud-africaines." Le débat s'était polarisé sur les traitements antirétroviraux mais la loi concerne tous les médicaments auxquels la majorité de la population sud-africaine n'a pas accès. La liste allait donc des simples antibiotiques aux analgésiques les plus courants.

Dès le deuxième jour du procès, les audiences avaient été ajournées. Et peut-être trouveront-elles une conclusion aujourd'hui, si les dires de Oxfam se confirmaient.

Par Léonard VINCENT & Bastien BONNEFOUS le 19 avril 2001 à 10:11
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