© INTERNE"N'enterrez pas le Japon ! Ses atouts face à la crise : jeunesse, écologie, technologie, culture"
Cette semaine en couverture de Courrier international
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De même que les défaites de la guerre du Pacifique n’annulaient pas entièrement les jugements favorables que l’on pouvait porter sur l’efficacité de l’armée japonaise, de même, aujourd’hui, la très faible croissance de la décennie 1990 n’annule pas le jugement sur le savoir-faire et la viabilité du système industriel japonais.
Quelle était la principale vulnérabilité du système militaire japonais ? Son incapacité à faire jouer à une flotte conçue pour un emploi massif et offensif autour de ses porte-avions — alors les plus avancés du monde — le rôle défensif qui convenait à la seconde phase, attentiste, de la stratégie japonaise à partir de 1942. Et, en profondeur, l’inadéquation d’un système industriel de défense trop étroit pour doter le Japon de moyens suffisants de défense aérienne et anti-sous-marine. La fausse muraille de Chine navale du Pacifique central enfoncée, après Midway, sous-marins et bombardiers américains pouvaient frapper directement au cœur de ce système industriel.
Que se passe-t-il à présent avec le système industriel japonais ? Conçu pour élargir les parts de marché dans les pays développés sur des créneaux assez étroits (essentiellement automobile et électronique), ce système industriel n’a pu mener à bien une vraie révolution keynésienne de relance de la demande intérieure. Et, derrière, un système bancaire et financier trop étroit, grevé de mauvais prêts politiques, ne pouvait, après l’éclatement de la bulle spéculative immobilière en1991, se prêter aux manœuvres de refinancement de la demande globale qui auraient été nécessaires.
En 1944, l’empereur Hirohito avait préservé son ancien ministre des Munitions, Yoshida, qui avait pris avec le futur social-démocrate Nishio la tête d’un "Parti de la paix", à moitié en prison, à moitié légal. |
Mais continuons notre métaphore jusqu’au bout : dès cette année fatidique de 1944, l’empereur Hirohito avait préservé son ancien ministre des Munitions, Yoshida, qui avait pris avec le futur social-démocrate Nishio la tête d’un "Parti de la paix", à moitié en prison, à moitié légal. Rien là qui ressemble à la conjuration du 20 juillet 1944 en Allemagne. Le Japon n’insultait pas l’avenir.
Il ne le fait pas davantage aujourd’hui : en dix ans, derrière le pataugeage des banques et des politiciens, le pays s’est en effet beaucoup approché d’un bouleversement qualitatif de l’ensemble de la société.
Voici au moins six arguments pour lesquels le redressement japonais risque d’être aussi spectaculaire vers 2010 qu’il le fut entre 1946 et 1950.
1) Les femmes. Tous ceux qui, sous prétexte d’une pyramide des âges désormais défavorable, attendent du Japon qu’il recoure massivement à l’immigration oublient tout simplement le faible niveau de l’emploi féminin. Cette inégalité structurelle n’est plus supportée par la jeune génération et entraîne pour l’instant une grève des naissances. L’entrée des femmes sur le marché du travail et les changements de civilisation qu’elle va faire naître sont déjà symboliques en politique : Mme Tanaka, à droite, Mme Doï, toujours à gauche, devraient provoquer enfin cette révolution des mœurs et de la consommation.
2) L’industrie. En dix ans, tous les conglomérats, les zaïbatsu, ont été dénoués, le salaire au mérite a commencé à faire son entrée, les critères de financement des banques ont changé, les licenciements et les faillites ont fait leur apparition. Même si l’Etat social japonais résiste de toutes ses forces aux conséquences les plus négatives de la nouvelle donne, nous avons d’ores et déjà les bases d’un véritable système de marché, capable de répondre à la demande globale des consommateurs.
3) La productivité : les réserves de productivité des services sont très importantes. De l’épargne des comptes postaux au système de distribution familial, une couche extrêmement fertile de la société japonaise attend sa mise en exploitation par l’informatique et la logistique moderne. Il s’agit du secteur le plus prometteur, y compris en emplois, d’une société japonaise qui va se tertiariser.
Le Japon a maintenu et même accru toutes ces années grises sa part de marché à l’exportation. |
5) Dans tous les domaines clefs, la recherche s’est poursuivie avec des taux d’investissement énormes : on en voit déjà les effets dans la téléphonie mobile, la voiture électrique, les dispositifs antipollution et bientôt la lutte contre les dégâts des eaux. Le Japon est devenu exportateur net de brevets.
6) Enfin, et c’est probablement le plus important, le Japon a lentement commencé à se tourner vers l’Asie. La Chine y représente deux tiers de la population, le Japon deux tiers de la richesse. A quand le compromis historique ? Sans doute quand les électeurs japonais que l’on voit déchaînés contre le maintien du PLD auront décidé de mettre au pouvoir, "à l’italienne", une grande coalition allant des conservateurs modernistes au sympathique et réformateur parti communiste, autour des démocrates de Naoto Kan et des frères Hatoyama. Cela, c’est demain.
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