"Au lieu de nous tirer dessus, négocions"

Par Léonard VINCENT , le 10 avril 2001 à 16h40 , mis à jour le 10 avril 2001 à 17h22

En visite en Turquie, le ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres a une nouvelle fois plaidé pour une reprise des pourparlers de paix. L'Autorité palestinienne, quant à elle, accuse Israël de lui mener désormais une guerre déclarée. Une épreuve majeure attend l'ancien prix Nobel de la Paix à son retour au pays.

Peres rencontre Arafat ce soir © INTERNE

"Nous devons arrêter de tirer et commencer à discuter. Les tirs n'aident aucune partie."

"Au lieu de nous tirer dessus, nous devrons trouver un moyen de retourner aux négociations." Depuis des mois, le ministre de la Coopération régionale puis chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres ne cesse de répéter, comme mardi, à Ankara, cette idée simple. "Nous devons arrêter de tirer et commencer à discuter, a-t-il insisté après avoir rencontré le ministre des Affaires étrangères turc, Ismail Cem. Les tirs n'aident aucune partie." Quelques heures plus tôt, l'Autorité palestinienne réagissait au pilonnage à la roquette antichar d'un poste de sécurité de Gaza en accusant Israël de mener "une guerre déclarée" contre elle. Même logique côté israélien, l'attaque de Tsahal, qui a tué un médecin militaire palestinien, étant une réponse à des tirs palestiniens contre une colonie juive.

VISITE TECHNIQUE

La Turquie entretient des relations étroites avec Israël, avec qui elle a signé en 1996 un accord-cadre de coopération militaire, tout en maintenant de bonnes relations avec les Palestiniens. Shimon Peres est arrivé mardi à Ankara pour une visite de deux jours, au cours de laquelle il s'entretiendra avec le président Ahmet Necdet Sezer, le Premier ministre Bulent Ecevit et le ministre de l'Economie Kemal Dervis.  L'achat d'eau à la Turquie a été évoqué. Ankara propose aux pays du Proche-Orient, notamment Israël, de leur vendre l'eau du fleuve Manavgat, près d'Antalya, sur la Méditerranée. Les deux parties ont en outre évoqué les moyens de renforcer la coopération dans le secteur de la technologie de pointe et de l'agriculture.

Même soucieux de préserver la voie de la négociation, Shimon Peres n'en a pas moins répété que, selon lui, l'Autorité palestinienne était à l'origine de l'escalade de la violence, un acte d'agression appelant une riposte proportionnée. Son homologue turc, quant à lui, s'est dit convaincu qu'Israéliens et Palestiniens devaient reprendre les pourparlers de paix sans attendre que la violence prenne fin. "La lutte contre le terrorisme, a déclaré M. Cem, doit être poursuivi simultanément avec les efforts visant à trouver une solution par voie de discussions bilatérales."
 
L'épreuve du retour

En acceptant de passer un accord avec la droite pour participer au gouvernement d'Ariel Sharon, Shimon Peres avait pris deux risques politiques importants. Le premier était de définitivement déchirer le parti travailliste, entre partisans d'une alliance de raison pour mater les tentations répressives du Likoud et opposants de toujours à une droite considérée comme suicidaire. Le second était de se retrouver les mains liées, une fois à la tête de quelques ministères, fussent-ils stratégiques. Pour autant, politiquement, aucun scrupule ne l'a retenu. Ainsi s'est-il retrouvé à la tête du ministère des Affaires étrangères, sous l'autorité d'un Premier ministre qui ne partage en rien ses vues sur le processus de paix avec les Palestiniens. Après avoir esquivé le premier risque, peut-être affrontera-t-il le second à son retour en Israël.

Par Léonard VINCENT le 10 avril 2001 à 16:40
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