© INTERNE"C'est émouvant de le voir ici !" soupire une reporter de télévision qui ne l'a jamais vu ailleurs que dans ses montagnes. |
"Au nom de Dieu clément et miséricordieux, lâche-t-il d'une voix blanche lorsque le calme est revenu, je vous remercie d'être venus." Une heure et demie durant, devant une salle bondée, le charismatique chef militaire de l'Alliance du nord, dernier carré des Afghans qui refusent de se soumettre aux ténèbres taliban, a posément défendu "l'indépendance" et la "liberté" de son pays. La sauvage destruction des Bouddhas de Bamiyan a révélé aux yeux de tous — monde musulman en tête — "l'esprit et le visage des taliban". Mais bientôt, a-t-il plusieurs fois sous-entendu, ils plieront devant "une révolte générale" qui mettra fin à l'intervention étrangère. "Tant que la nature d'une invasion est obscure, déclame-t-il en admirateur du général De Gaulle, le peuple se tait. Mais dès que celui-ci la comprend, il se révolte."
"La seule justice, c'est la démocratie"
"Un gouvernement totalement légitime devra être issu d'élections libres et égales où s'exprimeront hommes et femmes." |
Persuadé que le futur Afghanistan — libéré des pantins pachtounes, manipulés par un Pakistan soucieux de se garantir une "profondeur militaire et religieuse" — saura s'appuyer sur sa "longue et puissante tradition asiatique", le commandant a insisté sur la "meilleure situation" militaire de ses moudjahidin. "Sans l'aide de l'étranger, a-t-il martelé en tournant entre ses doigts un stylo bleu et argent, les taliban ne sont rien. Ils ne tiendraient pas face à la révolte du peuple." Derrière lui, son jeune garde du corps — qui est aussi son radio, lorsqu'il est au front —, ceint dans un costume impeccable, hoche la tête. A ses côtés, le docteur Abdullah, sévère ministre des Affaires étrangères du gouvernement légitime, fait de même.
"Aider le peuple ou se contenter de mots"
Ce qu'il est venu demander aux responsables européens est simple : "permettre un pas fondamental pour la paix." Aide militaire ou humanitaire, Massoud ne précise rien. Plusieurs autres journalistes reposent la question et, chaque fois, le commandant répond la même antienne. "L'Europe doit décider d'aider le peuple afghan ou de se contenter de mots." Non, il n'a ni honte ni peur d'être disqualifié de prendre l'aide que lui offre, entre autres, la Russie de Vladimir Poutine, lui qui a combattu, plus de dix ans durant, l'Empire soviétique. "Face aux ingérences claires et évidentes du Pakistan, je m'accorde le droit, pour la défense de ma patrie, pour la défense de la dignité de mon peuple, pour la défense de l'indépendance de mon pays, de prendre de l'aide partout." Ses fidèles applaudissent une nouvelle fois à tout rompre, pendant que le micro passe entre les mains d'un autre reporter.
"Je n'hésiterai devant rien qui soit utile à mon peuple et à sa liberté." |
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