Monténégro : courte victoire des indépendantistes

Par Léonard VINCENT et Alexandra GUILLET , le 23 avril 2001 à 17h30 , mis à jour le 20 avril 2001 à 18h38

Les élections législatives de dimanche n'ont donné qu'une courte avance au DPS, le parti pro-indépendantiste de Milo Djukanovic. Cette division de la population compromait fortement les chances de réussite d'un référendum sur l'autodétermination du Monténégro. Djukanovic devra s'allier à d'autres formations politiques pour conduire son pays à l'indépendance.

election montenegro © INTERNE

"Au nom de mes amis et collègues, permettez-moi de vous informer que nous avons remporté les élections", a déclaré vers 4h30, ce matin, Milo Djukanovic, devant plusieurs centaines de ses partisans rassemblés au siège de son  parti, le Parti démocratique des socialistes (DPS). Le président du Monténégro s'exprimait quelques instant après que la commission électorale a annoncé que la coalition de M. Djukanovic totalisait 43,39% des voix contre 39,66% à la coalition "Ensemble pour la Yougoslavie", après dépouillement de plus de 58% des bulletins de vote. Pour ce scrutin dont l'enjeu était important, les 446.000 électeurs du Monténégro se sont déplacés en masse dimanche, le taux de participation s'élevant à 81,1%.

Difficile avancée vers un nouvel Etat en Europe

Lors de son discours, Djukanovic a réitéré sa volonté d'organiser un référendum sur l'autodétermination du Monténégro. Mais les résultats très serrés du vote de dimanche montrent une population très divisée sur la question de l'indépendance du pays et laisse une marge de manoeuvre très faible au président. Les élections législatives de dimanche "ont montré les profondes divisions  de la population du Monténégro et que tout référendum serait un danger. Elles  ont montré que la Yougoslavie va survivre", a estimé lundi matin le président du parlement  yougoslave Dragoljub Micunovic. Pour le vice-Premier ministre serbe Zarko Korac également, ces "élections sont une  grosse surprise. Le Monténégro est complètement divisé et au vu de ces  résultats, il n'existe pas de base pour un référendum".

Mais Milo Djukanovic veut encore y croire : "le plus important est de dire que l'option politique d'un Monténégro souverain l'a emporté". "Nous sommes conscients que nous avons encore beaucoup d'efforts à déployer pour rassembler les forces politiques en vue de parvenir à un Monténégro indépendant et européen". Le leader du DPS a alors assuré que la coalition "Victoire du Monténégro" ferait alliance avec d'autres mouvements pro-indépendantistes, à savoir l'Alliance libérale et les partis albanais.

Une victoire annoncée

LE MONTENEGRO
Fiche technique

13.812 km2, 650.000 habitants. 68% de Monténégrins, 14% de Musulmans, 7% d'Albanais. Forme avec la Serbie la République fédérale de Yougoslavie (RFY) depuis la secession de la Bosnie-Herzégovine et de la Croatie, en avril 1992.
PAYS FRONTALIERS : Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Albanie.
CAPITALE : Podgorica
LANGUE : Serbe
RELIGION : Orthodoxe
ECONOMIE : Le Monténégro, qui était l'une des régions les plus pauvres de la Yougoslavie, a souffert des sanctions imposées par l'ONU entre 1992 et 1996. Il ne parvient à produire que 25% de ses besoins alimentaires, a introduit le Deutschemark comme monnaie parallèle, à la fureur de Belgrade, et compte un taux de chômage de 10%. Le tourisme est une ressource essentielle depuis quelques années.

Donnée gagnante, avant le scrutin, par la plupart des sondages, la coalition de Milo Djukanovic, "Victoire pour le Monténégro" n'avait qu'un véritable adversaire : la coalition "Ensemble pour la Yougoslavie", farouchement opposée à une séparation du pays et de la Serbie. Tablant sur les indécis, les manipulations médiatiques et les nombreux monténégrins d'origine serbe ou ayant encore des attaches familiales en Serbie, les anti-indépendantistes escomptaient créer la surprise dimanche, empêchant le président Djukanovic de réaliser son ambition d'être l'homme de l'indépendance retrouvée. Ils ont, en outre, pu compter sur un appui de choix, au début du mois, lorsque le Groupe de contact pour l'ex-Yougoslavie (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie) a soutenu, au début du mois, l'idée d'un "Monténégro démocratique dans une Yougoslavie démocratique". Mais malgré cela, dimanche, les Monténégrins semblent avoir donné leur préférence au DPS.

Beaucoup aura été tenté, pourtant, pour réconcilier les frères ennemis yougoslaves, seuls rescapés de dix ans de guerres fratricides. Même après la victoire de Vojislav Kostunica sur Slobodan Milosevic, Serbie et Monténégro n'ont pu s'entendre sur une forme d'alliance. Fin décembre, le gouvernement fédéral a rejeté la proposition de Podgorica pour une union de deux Etats indépendants, ayant chacun un siège à l'ONU. A l'inverse, le Monténégro a refusé le projet de Kostunica de réorganiser la fédération, avec cinq ministères communs et le maintien d'un président et d'un parlement fédéraux. Ne souhaitant pas inquiéter les quelques monténégrins qui lui seraient favorables, ni échauffer ceux qui lui sont hostiles, le président yougoslave a assuré qu'il ne "ferait rien" pour empêcher la sécession du Monténégro. Sans pouvoir assurer que ses concitoyens et son armée l'imiteront.

Par Léonard VINCENT et Alexandra GUILLET le 23 avril 2001 à 17:30
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience