Les Philippines en "état de rébellion"

Par Franck LEFEBVRE et Alexandra GUILLET , le 01 mai 2001 à 23h19 , mis à jour le 30 avril 2001 à 23h41

Les partisans du président déchu Joseph Estrada se sont lancés au petit jour à l'assaut du palais présidentiel. L'actuelle présidente, Gloria Arroyo, a dénoncé cette deuxième tentative de coup d'Etat avorté en Indonésie en moins de 36 heures. Elle a déclaré les philippines en "état de rébellion".

partisans estrada manifestation © INTERNE

C’est par la rue qu'Estrada a perdu le pouvoir… c’est par la rue qu’il essaie de le reconquérir. Elu triomphalement président en mai 1998 pour six ans à la tête de l'Etat, "Erap" ("copain") comme il avait été surnommé dans les films de série B, avait été obligé de plier à mi mandat. Abandonné par tous, il avait dû s'incliner sous les accusations de corruption dont les preuves étaient devenues au fil des mois tellement flagrantes que ses dénégations avaient perdu toute crédibilité. L'interruption d'un procès en destitution, ouvert en décembre devant le Sénat, à la suite d'un conflit avec l'accusation devait mettre le feu aux poudres. Des milliers de Philippins descendaient alors dans la rue, et l'armée, pour éviter le chaos, prenait le parti de soutenir la vice-présidente Gloria Arroyo, successeur constitutionnel d’Estrada.


Démonstration de force
des pro-Estrada - DR
Aujourd’hui, changement de tableau : ce sont les partisans du président déchu qui ont pris possession de la rue. A Manille, plus de 20.000 d’entre eux se sont dirigés mardi au petit jour en direction du palais présidentiel. Des centaines de soldats ont aussitôt été déployés. Les affrontements ont fait deux morts dans les rangs des forces de l'ordre et un autre parmi les manifestants.

Deux putsch avorté en 36 heures

Après ce nouveau coup de force, Gloria Arroyo a accusé Joseph Estrada d'avoir cherché à la renverser pour former une junte militaire. "Ils avaient prévu de faire tomber le gouvernement légitime et de mettre en  place leur propre junte", a déclaré la Présidente lors d'une intervention en direct à la télévision, indiquant qu'un projet de déclaration de Joseph Estrada pour "annoncer son retour" au pouvoir avait été découvert dans l'hôpital où il subissait des examens médicaux. La présidente philippine a également déclaré mardi la ville de Manille en "état de rébellion", autorisant la police à détenir des suspects pour des périodes indéterminées. Deux sénateurs, un ex-ambassadeur et un ancien chef de la police, des militaires figurent, parmi les personnes arrêtées.

Simultanément à l'intervention télévisée de la présidente philippine, l'armée a réaffirmé publiquement quelle lui conservait tout son soutien bien que certains "alliés" de Joseph Estrada aient tenté de recruter "certains officiers". "Les forces armées sont intactes et très unies, et toutes les suggestions de ruptures dans leurs rangs sont infondées", a déclaré le porte-parole de l'armée, le général Edilberto Edan. Une tentative de putsch des partisans d’Estrada  avait échoué dimanche soir, faute du soutien de l'armée.

Le gouvernement de la présidente Gloria Arroyo accuse Joseph Estrada d'avoir détourné au moins 20 milliards de pesos philippins, soit environ 400 millions de dollars, pendant la trentaine de mois où il a exercé les fonctions de chef de l'Etat. Huit inculpations pour, notamment, corruption, détournement d'argent public, pillage économique et manipulations sur le marché financier ont été officiellement déposées auprès du tribunal spécial anti-corruption. Joseph Estrada fait l'objet de plusieurs enquêtes portant sur des affaires de corruption et de détournements de fonds pour lesquelles dans un cas, celui de pillage économique, la loi philippine prévoit la peine de mort.

Par Franck LEFEBVRE et Alexandra GUILLET le 01 mai 2001 à 23:19
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