Pour Bush, la guerre froide n'est pas du réchauffé

Par Léonard VINCENT , le 04 avril 2001 à 14h27 , mis à jour le 03 avril 2001 à 14h55

L'atterrissage forcé d'un avion espion de l'US Air Force sur le territoire chinois envenime davantage les relations entre Washington et Pékin. Près de quatre mois après la prise de fonction du nouveau président Bush, commence à se dessiner le nouveau visage d'une diplomatie américaine à forte saveur de guerre froide.

George Bush elections USA © INTERNE

Chine, Russie, Europe, Corée du Nord sont devenues autant d'Etats défiés par l'administration Bush.

L'épisode de l'avion espion américain entrant en collision avec un chasseur de l'aviation chinoise est très kubrickien. A l'image du quadrillage minutieux des cieux internationaux par les B52 de "Docteur Folamour", la politique étrangère américaine sillonne tous azimuts, avec parfois l'arrogance qui était de mise au cœur de la guerre froide. Chine, Russie, Union européenne sont devenues autant de partenaires défiés par l'administration Bush, fraîche émoulue de la guerre froide et formée à l'école de la CIA.

L'atterrissage forcé de l'EP-3 de surveillance électronique de l'US Air Force sur l'île chinoise de Hainan, dimanche, est le dernier avatar d'un feuilleton qui ravive de vieilles tensions. Auparavant, depuis la prise de fonction de George W. Bush et de son diplomate en chef Colin Powell, Washington avait annoncé la vente prochaine à Taiwan d'un système de défense antiaérien, renforçant considérablement la capacité de l'île à repousser une attaque du continent. Depuis deux mois, les griefs se sont accumulés. Le catalogue en est impressionnant : défection en Amérique d'un important colonel chinois au mois de mars, argument utilisé par Bush pour bombarder l'Irak — la Chine aurait aidé Saddam Hussein à rebâtir son complexe de défense antiaérienne —, blocage de l'adhésion de Pékin à l'OMC par les Etats-Unis, critiques incessantes en matière de droits de l'Homme allant jusqu'à demander au Comité international olympique de priver la Chine des Jeux de 2008.

Hostilités ataviques

Autre ennemi "naturel" de l'Amérique, selon le vieux credo des républicains, la Russie n'a pas été en reste de défis, depuis l'avènement de "W." Après avoir annoncé que le programme de construction du bouclier spatial antimissiles allait être lancé — malgré les engagements internationaux des Etats-Unis et une course à l'armement tombée en désuétude —, une grave affaire d'espionnage est venue empoisonner un peu plus les relations de Washington et de Moscou : Robert Hanssen, haut responsable du FBI, s'est révélé être une taupe des Russes au cœur du dispositif de renseignement US. Un échange d'expulsions de diplomates s'en est suivi, alors que Vladimir Poutine s'est efforcé de dédramatiser une affaire fort vexante pour une Amérique sûre de sa supériorité. Ajoutons enfin que jeudi dernier, George W. Bush a ordonné une révision de l'aide américaine à la Russie pour l'aider à réduire son arsenal atomique, et le nouveau visage de l'amitié russo-américaine est dessiné.

Son renoncement au protocole de Kyoto a soulevé les protestations les plus vives, de Paris à Pékin, de Berlin à Tokyo.

En outre, l'administration américaine s'est également attelée à réviser ses relations avec le reste du monde. Son renoncement au protocole de Kyoto a soulevé les protestations les plus vives, de Paris à Pékin, de Berlin à Tokyo. L'Union européenne — ouvertement provoquée par la décision unilatérale de Washington — a montré une rare unanimité pour dénoncer l'irresponsabilité d'un pollueur majeur de la planète. De plus, côté économique, la guerre commerciale de la banane et des OGM n'est pas prête de trouver une issue positive, George W. Bush s'échinant à donner à ses rodomontades et ses renoncements une allure de "défense des intérêts américains".

L'Amérique est de retour

De cet inventaire des conflits entre la diplomatie américaine et le reste du monde, que faut-il conclure ? Sans doute que Bush et Powell entendent marquer d'une empreinte personnelle les choix de leur nouvelle Amérique. Sans doute également que l'ère Clinton, toute de compromis et d'acharnement au dialogue, est bien close. Peut-être, lors de sa campagne électorale, George W. Bush a-t-il parfaitement résumé sa future politique étrangère : "America is back".

Par Léonard VINCENT le 04 avril 2001 à 14:27
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