D'une prison de Brooklyn à la case Kremlin

Par Léonard VINCENT , le 13 avril 2001 à 17h03 , mis à jour le 12 avril 2001 à 17h36

Pavel Borodine, ancien intendant du Kremlin sous Boris Eltsine, a été libéré sous caution avant d'arriver à Moscou. Homme de confiance de l'ancien président russe, il avait été arrêté à New-York au mois de janvier, puis extradé vers la Suisse, pour une affaire de blanchiment d'argent très "politique".

pavel borodine intendant kremlin eltsine mabetex © INTERNE

Le ministère des Affaires étrangères russe a payé l'intégralité de la somme jeudi après-midi, par virement bancaire.

21 millions de francs français, 3,25 millions d'euros, 5 millions de francs suisses : c'est le prix de la liberté sous caution accordée par la justice suisse à Pavel Borodine, l'ancien intendant du Kremlin de Boris Eltsine. Bien sûr, le fidèle homme à tout faire de "l'Eltsinie" n'ayant pas cet argent en banque, l'Union Russie-Bélarus, dont il est encore le secrétaire général, a garanti le solde, tandis que le ministère des Affaires étrangères russe a payé l'intégralité de la somme jeudi après-midi, par virement bancaire.
 
Pavel Borodine a quitté Genève vendredi midi avant d'arriver à  Moscou quelques heures plus tard, libre de ses mouvements. Sur le papier, ses avocats souhaitaient le voir rentrer chez lui "avant les fêtes de Pâques", à charge pour lui de "répondre aux convocations de la justice" chaque fois qu'il le devra, comme l'a dit le procureur de Genève, en annonçant la décision du parquet. Peu convaincu, toutefois, Bernard Bertossa a tenu à souligner qu'il ne se faisait "pas d'illusions" sur la soumission future de M. Borodine aux injonctions de la justice. Apparu pâle et fatigué à l'audience, le grand ordonnateur du règne Eltsine avait, en guise d'adieu, tenu à remercier "tous ceux qui lui ont apporté un soutien moral."
 
Borodine est toujours menacé d'un procès

"Un citoyen russe dont la culpabilité n'a pas été prouvée ne doit pas rester en prison."

De la prison de Brooklyn, où il a été incarcéré à la mi-janvier, à son retour prochain en Russie, Pavel Borodine a défrayé pendant trois mois à la fois la chronique judiciaire et diplomatique (Cf. notre article "Ce fidèle monsieur Borodine", 18 janvier 2001
). Même libre de ses mouvements, il n'en est pas moins sous le coup d'une inculpation pour "blanchiment d'argent" en Suisse, la présidente de la chambre ayant abandonné la charge de "participation à une organisation criminelle", considérée comme vide. La Russie, fort mécontente de l'arrestation de l'ex-intendant du Kremlin, mais soucieuse de ne pas envenimer la situation, s'est réjouie de sa mise en liberté sous caution. "Nous nous basons sur le principe qu'un citoyen russe dont la culpabilité n'a pas été prouvée ne doit pas rester en prison", a ainsi déclaré jeudi Alexeï Voline, un porte-parole du gouvernement russe à l'agence Interfax.

"Les juges genevois sont sereins", a tenu à rassurer l'un de ses avocats, Me Dominique Poncet. Tandis qu'un autre de ses défenseurs, Me Robert Assael, a estimé que "la meilleure garantie" du retour de M. Borodine en Suisse à la demande de la justice est que la Fédération de Russie ait payé sa caution. "A partir de là, M. Borodine aura à cœur de ne pas décevoir son pays d'origine."

Par Léonard VINCENT le 13 avril 2001 à 17:03
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