Quatre "génocideurs" rwandais devant un jury belge

Par D.S. , le 17 avril 2001 à 16h58 , mis à jour le 17 avril 2001 à 17h41

Pour la première fois en dehors du Rwanda, une justice civile va se prononcer sur des faits commis au cours du génocide de 800.000 Tutsis et Hutus modérés en 1994. Les quatre accusés résidant en Belgique devront répondre de leurs actes devant douze jurés civils tirés au sort.

Bruxelles Palais de Justice avril 2001 © INTERNE


Vincent Ntezimana et Alphonse Higaniro - DR
Un professeur, un ex-ministre et deux religieuses comparaissent depuis mardi matin dans le box des accusés de la cour d’assises de Bruxelles. La justice belge soupçonne ces ressortissants rwandais d’avoir participé à l’assassinat de 800.000 Tutsis et Hutus modérés au cours du génocide du printemps 1994. A l'ouverture du procès, les accusés ont pris place dans un box aux parois  de verre, sous les ors et les marbres du Palais de justice. Mais d'entrée de jeu, leurs avocats ont contesté  le bien-fondé de l'acte d'accusation, ce qui en a repoussé la lecture à  mercredi. Ce procès, qui constitue une première mondiale pour une justice civile nationale hors du Rwanda, se tient en vertu d'une loi belge de 1993 qui accorde la compétence universelle aux tribunaux du pays pour les crimes de guerre, quels  que soient leur lieu et les nationalités et lieux de résidences des victimes et  des accusés.

Sœur Gertrude (Consolata Mukangango) et sœur Maria Kisito (Julienne Mukabutera), deux bénédictines âgées de 42 et 36 ans, auraient, selon l’acte d’accusation, livré aux miliciens hutus plusieurs milliers de Tutsis qui espéraient trouver refuge dans le couvent de Sovu dirigé par la plus âgées d’entre elles. Non contentes de refuser l’asile à ces gens, les deux religieuses auraient également fourni des jerrycans d’essence aux tueurs qui manquaient de carburant pour incendier un garage où 500 à 700 personnes ont été brûlées vives.
 
Le rôle de l'Eglise catholique au coeur du procès

Vincent Ntezimana, professeur de physique à l’université de Butare (39 ans), est suspecté d'avoir dressé des listes de ses collègues afin de faciliter leur exécution. Il serait également l'auteur en 1991 d'un manifeste idéologique du génocide, qui se conclut par "Dix commandements" pour éliminer les Tutsis du Rwanda. Cet intellectuel aurait participé personnellement à l’assassinat de neuf Tutsis. Enfin, l'homme de pouvoir, Alphonse Higaniro. Cet ex-ministre de 51 ans, est accusé d'avoir organisé les tueries, notamment en incitant certains de ses employés de la Société rwandaise des allumettes à "achever le nettoyage".


Le président de la cour, Luc Maes - DR
"C'est le procès des quatre accusés, mais c'est en même temps celui de l'ensemble du génocide et des responsabilités rwandaises ", estime Maître Jan Fermont, l’avocat d'une des parties civiles. " Et pas uniquement des responsabilités rwandaises !", poursuit-il. "Quand les sœurs ont été évacuées vers la Belgique en 1994, il y a eu tout un réseau de protections installé autour d'elles, notamment dans les milieux de l'Eglise". Selon l'acte d'accusation, "des pressions ont été exercées par les instances religieuses pour que des soeurs reviennent sur leurs déclarations accablantes à l'égard des deux accusées".

Les quatre accusés résident actuellement en Belgique. Ils plaident non coupables et comparaissent libres à des audiences placées sous haute surveillance par les autorités belges. Ils risquent une condamnation à la prison à vie à l’issue de ce procès qui pourrait durer six semaines.

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