Taiwan : shopping minimum pour ménager la Chine

Par Léonard VINCENT et Alexandra GUILLET , le 24 avril 2001 à 17h12 , mis à jour le 23 avril 2001 à 17h39

Le président américain George W. Bush a renoncé, la nuit dernière, à vendre un système de défense anti-missiles ultraperformant à l'île de Taïwan, au profit d'un arsenal militaire moins perfectionné. Objectif : faire baisser la tension entre Washington et Pékin, qui considère cette vente comme une provocation.

taiwan armée frégate canon © INTERNE

Pour ne pas exacerber davantage les tensions entre Washington et Pékin, le président américain a finalement décidé, hier soir, de ne pas inclure les destroyers  de défense anti-missiles Aegis dans l'arsenal militaire dont il va autoriser cette année la vente à Taiwan. A l'origine de cette décision, la colère des autorités chinoises, qui voient dans cette vente une provocation, alors que 300 missiles balistiques sont braqués sur l'île "rebelle" et que la tension est à son comble vis-à-vis de Washington, après l'épisode de l'avion-espion EP-3.  La décision américaine doit être notifiée à Taipei aujourd'hui même, lors de la venue au Pentagone d'une délégation de militaires taiwanais de haut rang. Toutefois, George W. Bush "se réserve la possibilité de fournir à l'avenir Aegis à la lumière de l'évolution de la situation en matière de  sécurité et de la menace aérienne de la République populaire de Chine contre Taiwan", a déclaré un responsable américain ayant requis l'anonymat.

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UN "BOUCLIER" MENAÇANT

Doté d'un radar perfectionné d'une portée de 450 km, le système intégré de défense aérienne à moyenne portée Aegis ("bouclier" en grec) peut prendre en compte plus de 250 cibles différentes. Il reçoit automatiquement ses informations depuis d'autres bateaux, des avions ou encore des satellites. Placés face au continent, distant de 150 km, les quatre bâtiments pourraient efficacement neutraliser une attaque aérienne ou de missiles chinois, estiment les experts. Pékin s'inquiète de ce que le système placerait technologiquement Taiwan dans la sphère de défense américaine, l'île devenant ainsi quasiment une alliée des Etats-Unis. "C'est une affaire très, très grave", a récemment lancé Sha Zhukang, directeur du service du contrôle des armements au ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point de presse.

a vente du reste de l'arsenal militaire ne semble, elle, pas compromise.  Sur la liste des armes figurent quatre autres destroyers plus simples de classe Kidd, un avion "tueur de sous-marins" P-3, des submersibles conventionnels, des missiles anti-missiles, des bombes téléguidées, des systèmes radar à longue portée et un poste de commandement et de contrôle. La Chine a aussitôt renouvelé ses critiques, mardi : "La Chine s'est toujours fermement opposée à la vente d'armes à Taiwan et  s'oppose vivement à la vente d'armements sophistiqués comme des destroyers de classe Kidd, des sous-marins propulsés au diesel et des avions P-3", a déclaré Zhang Qiyue, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Taiwan, en modernisant son armement, espère contrer la présence massive d'une armée chinoise gesticulatrice et menaçante en face de ses côtes. De son côté, la Chine considère que la vente des systèmes Aegis donnera aux Etats-Unis la couverture nécessaire pour le déploiement en Asie d'un bouclier anti-missiles, neutralisant de fait son arsenal nucléaire. Des fuites en provenance du Pentagone avaient toutefois laissé entendre en début de semaine que la solution adoptée par le président américain serait prudente : différer la vente des Aegis et faire durer les discussions sur les conditions d'une éventuelle vente. Et accepter la livraison d'un premier "paquet" militaire à Taïwan, tant pour honorer ses engagements que pour montrer à la Chine sa détermination, alors que le budget de la Défense de Pékin a connu cette année un bond spectaculaire de 17,7%.

Quelle que soit la majorité qui la gouverne, l'île de Taiwan refuse depuis plus de cinquante ans de se plier aux injonctions de Pékin. La Chine la considère en effet comme une "province rebelle" depuis que les 500.000 soldats nationalistes de Tchang Kaï-chek, chassés par les communistes de Mao en 1949, s'y sont réfugiés et y ont instauré une république. Les Etats-Unis, qu'une loi votée en 1979 oblige à fournir suffisamment d'armement à Taiwan pour que l'île puisse assurer sa souveraineté, semblent fermes sur la base d'une certitude : Taiwan devra à terme négocier un nouveau statut avec sa grande sœur continentale. Car Pékin réclame rien de moins que l'île soit réunifiée à la Chine, selon la formule "un pays - deux systèmes" qui a prévalu lors de la rétrocession de Hong-Kong et de Macao.

Par Léonard VINCENT et Alexandra GUILLET le 24 avril 2001 à 17:12
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