Les Tchétchènes défient Poutine

Par Franck LEFEBVRE , le 14 avril 2001 à 19h20 , mis à jour le 14 avril 2001 à 20h17

Moins de quarante-huit heures après l'attentat qui a coûté la vie à l'un des plus influents membres pro-russes de l'administration tchétchène, les rebelles indépendantistes ont tué samedi le procureur adjoint de Grozny, en pleine visite de Vladimir Poutine en Tchétchénie.

poutine gorges argoun © INTERNE

Jeudi, Adam Deniev, un haut responsable de l'administration tchétchène pro-russe était tué dans un attentat à la bombe à Avtoury, dans l'est de la Tchétchénie. Samedi, c’est le procureur adjoint de Grozny, Vladimir Moroz, qui a été tué par balles par des rebelles tchétchènes. Un assassinat intervenu alors même que le président Vladimir Poutine se trouvait en visite dans la république rebelle… Preuve, s’il en est, que les Tchétchènes ne croient pas au retrait des troupes russes annoncé par le Kremlin, et que, pour eux, la guerre continue.

Les promesses ambiguës de Poutine

"Nous devons bien comprendre combien de militaires nous devons renvoyer. Je peux vous dire que la Russie aura autant de militaires que nécessaire"
(Vladimir Poutine)

C’était la première fois depuis son élection, le 26 mars 2000, que le président russe se rendait en Tchétchénie, s'éloignant ostensiblement de Moscou en plein scandale NTV. Lors de cette visite surprise dans la république rebelle, il est allé déposer une gerbe dans les gorges d'Argoun à l'endroit où avaient succombé, il y a un an, 84 parachutistes russes. Il a également rencontré plusieurs responsables de la guerre menée dans la république rebelle, dont le général Vladimir Baranov, qui dirige l'"opération anti-terroriste" menée en Tchétchénie depuis le 1er octobre 1999.

Décidée juste après la mort d’Adam Deniev, cette visite en Tchétchénie avait en tout cas une forte portée symbolique. Signe d’une accélération du désengagement promis de l’armée russe, ou au contraire signe d’un renforcement des opérations menées contre les rebelles tchétchènes ? Vladimir Poutine n’a pas voulu dissiper le doute, en tenant des propos ambigus sur le retrait des troupes de Tchétchénie, que Moscou avait annoncé haut et fort le 15 février dernier avant une réunion de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui devait décider de la levée des sanctions contre la Russie prises en raison des violations des droits de l'homme dans la république indépendantiste. "Nous devons bien comprendre combien de militaires nous devons renvoyer. Je peux vous dire que la Russie aura autant de militaires que nécessaire", a-t-il déclaré à des habitants d'Argoun qui lui ont demandé de cesser le retrait des troupes fédérales. Officiellement, le nombre de soldats russes en Tchétchénie était de 80.000 hommes avant l'annonce du retrait. Combien d’entre eux Vladimir Poutine estimera-t-il "nécessaire" de laisser sur place ?

(Photo d'ouverture : Vladimir Poutine déposant, samedi, une gerbe en mémoire des parachutistes tués dans les gorges d'Argoun - DR)

Par Franck LEFEBVRE le 14 avril 2001 à 19:20
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