Thèses sur une collision dans le ciel chinois

Par Léonard VINCENT , le 11 avril 2001 à 18h51 , mis à jour le 10 avril 2001 à 19h20

Dix jours après l'accident aérien qui empoisonne les relations entre Washington et Pékin, différentes thèses sur la collision s'affrontent. tf1.fr revient sur les versions de l'armée de l'air chinoise et de l'US Navy. Et sur les avis contrastés des experts militaires.

[Expiré] [Expiré] Avion espion américain © AFP

LA VERSION CHINOISE

"La cause immédiate de la collision est la violation par l'avion américain des lois aéronautiques, en effectuant un large et soudain virage, en direction des avions chinois."

Dans la matinée du 1er avril, peu avant 9 heures, l'armée de l'air chinoise aurait détecté la présence d'un avion américain, effectuant une mission de surveillance au-dessus de la ville de Sanya. Deux chasseurs F-8 auraient alors décollé pour "suivre" l'appareil américain, une opération qualifiée de "routine" par Pékin. Il était 9H07 lorsque les trois avions ont été alignés, volant dans la même direction, les deux F-8 chinois se tenant à 400 mètres à la gauche de l'EP-3.

Un porte-parole du ministère de la Défense chinois a raconté que "la cause immédiate de la collision est la violation par l'avion américain des lois aéronautiques, en effectuant un large et soudain virage, en direction des avions chinois." L'aile et le nez de l'avion-espion auraient alors touché la queue d'un des deux chasseurs chinois, le pilote de celui-ci en perdant le contrôle et plongeant dans la mer. A 9H33, continuent les autorités chinoises, l'EP-3 américain aurait illégalement pénétré le territoire aérien chinois et aurait atterri sans autorisation sur l'aéroport Lingshui de Hainan.

LA VERSION AMERICAINE

Le 1er avril à 9H15 du matin, un avion de type EP-3 effectuait une mission de surveillance de routine, dans la zone internationale au sud de la Mer de Chine. Approché par deux chasseurs F-8 de l'armée de l'air chinoise, l'appareil de l'US Navy a gardé un cap et une vitesse constantes, ce genre de rencontres étant "plutôt routinières", selon l'amiral américain Dennis Blair. Ces derniers mois, toutefois, ces interceptions étaient devenues "agressives, au point de mettre en danger la sécurité des appareils chinois et américains", a souligné toutefois le militaire américain.

Les pilotes américains opérant dans la zone affirment que les rencontres de pilotes chinois sont fréquentes, qu'ils peuvent parfois se reconnaître personnellement et qu'il arrive qu'ils se photographient. Maîtrisant mal un mouvement de provocation à l'égard de l'avion de l'US Navy, l'un des pilotes chinois, Wang Wei, aurait alors heurté l'aile du EP-3, endommageant deux hélices sur les quatre que compte l'appareil américain, le nez, les volets latéraux et les instruments de bord indiquant la vitesse. Aucune communication radio n'a été détectée entre les Chinois et les Américains.

Le pilote de l'EP-3 aurait alors déclenché un signal d'alerte sur une fréquence d'urgence internationale et aurait réussi, conformément aux règlements aéronautiques, à poser 15 ou 20 minutes plus tard son appareil sur l'aéroport le plus proche : en l'occurrence, celui de l'île de Hainan. Le dernier message radio du pilote américain signalait que l'appareil avait atterri sans dommages et que les 24 membres d'équipage étaient sains et saufs.

L'AVIS DES EXPERTS MILITAIRES

L'avion de l'US Air Force est bien trop lourd et lent pour surprendre des avions légers et maniables comme les jets de l'aviation chinoise.

Aucun des experts ne se prononce sur les causes réelles de la collision. Selon le Washington post, le chasseur chinois volait sous l'EP-3 américain avant l'accident, qui aurait eu lieu après que l'avion de l'US Navy eut commencé à virer. L'agence spécialisée Jane's Defence suppose quant à elle que les avions se seraient touchés, alors que les chasseurs chinois — plus mobiles —, essayaient de faire dévier de son cap l'appareil américain.

La plupart des experts militaires, toutefois, soulignent à quel point la version chinoise, selon laquelle l'EP-3 aurait surpris les F-8 en effectuant un rapide virage, est inconcevable : l'avion de l'US Navy est bien trop lourd et lent pour surprendre des avions légers et maniables comme les jets de l'aviation chinoise.

Par Léonard VINCENT le 11 avril 2001 à 18:51
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