Bush perd le Sénat

Par , le 24 mai 2001 à 16h16 , mis à jour le 24 mai 2001 à 16h45

Le sénateur américain modéré James Jeffords a annoncé jeudi après-midi son retrait du parti républicain. Une décision lourde de conséquences puisque cette défection suffit à faire basculer le Sénat aux mains des démocrates. C'est dans son propre camp que Georges W. Bush vient de prendre son premier gros revers en politique intérieure.

senateur jeffords © INTERNE
 

C'est un vrai coup dur pour George W. Bush. Après une élection tumultueuse l'hiver dernier, le président des Etats-Unis, qui ne possédait qu'une très faible majorité au Sénat, vient de la perdre. En effet, le sénateur républicain modéré James Jeffords vient officiellement d'annoncer sa décision de quitter le parti, faisant du même coup basculer l'actuelle majorité républicaine au Sénat américain dans le camp des démocrates. Un retour de veste après 34 années de bons et loyaux services. Selon toutes vraisemblances, M. Jeffords devrait désormais sièger en tant qu'"indépendant", tout en votant avec les démocrates.

Les appels de la Maison Blanche en faveur du maintien de M. Jeffords au sein du parti républicain auront donc été vains. "Le président espère clairement que le sénateur Jeffords restera  républicain", avait déclaré mercredi le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, en  soulignant que ce parlementaire était "très indépendant d'esprit". La veille également, M. Bush et le vice-président Dick Cheney ont tenté d'influencer le sénateur en le recevant longuement. Mais sans succès. Pour la première fois depuis 1994, les républicains perdent le contrôle d'une des deux Chambres du Congrès. Le Président des Etats-Unis aura appris à ses dépens qu'on ne maltraite pas un sénateur.

Une voix qui coûte cher

Le Sénat issu des dernières élections législatives de novembre 2000 était divisé en deux blocs égaux - une situation inédite depuis plus d'un siècle -, démocrates et républicains détenant chacun 50 sièges. Les républicains bénéficiaient cependant de fait de la majorité au Sénat, grâce à la voix du vice-président républicain Dick Cheney, qui, du fait de ses fonctions, est également président du Sénat. Désormais, la bascule en faveur des démocrates va provoquer une valse des étiquettes à la tête des présidences de commissions, actuellement aux mains des républicains. Et les plus importantes : budget, défense, éducation, environnement... Ce qui rendra quasi impossible l'avis du Président.  Désormais ce sont les démocrates qui vont avoir le contrôle du travail parlementaire.

Un progressiste chez les républicains

"Jeffords est depuis des années un républicain dissident", explique le politologue Eric Davis, de l'université de Middlebury, dans le Vermont, Etat réputé pour être l'un des plus à gauche aux Etats-Unis. Passionné des questions sociales et d'environnement, Jim Jeffords préside actuellement la commission de la Santé, de l'Education, du Travail et des Retraites, et détient à ce titre une influence considérable dans la définition de l'agenda parlementaire. Toutefois, "il a toujours exprimé des vues plus progressistes en matière d'avortement, d'environnement et sociales" que ses collègues républicains et s'est opposé à plusieurs reprises au président Bush. Dernièrement, M. Jeffords avait notamment voté contre le premier budget du président Bush et il s'est opposé à son projet de réduire massivement les impôts, s'attirant les foudres de la Maison Blanche. Il avait déjà été, dans les années 80, le seul républicain à voter contre les réductions d'impôts de l'ancien président Ronald Reagan.

(Photo d'ouverture : l'homme qui fait trembler George Bush, le sénateur James Jeffords - DR )

Par Alexandra Guillet le 24 mai 2001 à 16:16
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