Bush, touché mais pas coulé

Par , le 27 mai 2001 à 13h17 , mis à jour le 25 mai 2001 à 14h17

En annonçant jeudi son retrait du parti républicain, le sénateur James Jeffords a du même coup fait basculer le Sénat aux mains des démocrates, provoquant émoi et colère à la Maison Blanche. André Kaspi, professeur de l'histoire des USA à la Sorbonne, analyse pour TF1.fr les motivations d'une telle décision et les impacts de la cohabitation sur la politique que mène le président Bush.

george bush © INTERNE

 

Bush perd le Sénat, rappel des faits

-TF1.Fr : Jim Jeffords n'a-t-il pas eu un comportement irresponsable en partant du parti républicain, sachant les conséquences que cela allait entraîner?

Il ne faut pas mettre cela sur le plan moral mais sur le plan politique. Certes, ce départ lui donne une notoriété médiatique et internationale, mais avant tout il s'agit d'un désaccord politique profond. Jim Jeffords est un sénateur du Vermont. Cet Etat de la Nouvelle Angleterre manifeste des tendances libérales (centre-gauche). Jeffords est un républicain du centre, et non un conservateur. Par conséquent, ses relations avec le reste des républicains sont difficiles, depuis toujours. Ces derniers temps, il a beaucoup milité pour l'accroissement des crédits de l'éducation. Il n'a pas obtenu satisfaction, donc il a quitté le parti.

Cette menace de bascule existait déjà, avec ou sans Jeffords

Ce départ a rendu critique la situation des républicains au Sénat. Depuis les dernières élections, le Sénat comptait 50 démocrates et 50 républicains. Le vice-président des Etats-Unis, un républicain, préside le Sénat. Si, dans un scrutin, les oui et les non sont à égalité, il dispose du pouvoir de trancher. Mais désormais, avec le départ de Jeffords, l'équilibre passe à 49/51. Les démocrates sont donc devenus majoritaires. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que cette menace de bascule existait déjà, avec ou sans Jeffords. Elle pèse davantage encore sur le parti républicain qui risque de bientôt n'avoir plus que 48 sièges contre 52 aux démocrates. En effet, le sénateur républicain de Caroline du Sud, Strom Thurmond, a aujourd'hui 98 ans. La biologie le contraindra à se retirer de la politique un de ces prochains jours. Dès lors, il faudra le remplacer. L'homme ou la femme qui devra achever son mandat sera nommé par le gouverneur de ce même Etat : c'est un démocrate!

-TF1.fr : Quelles sont les conséquences immédiates de cette entrée en cohabitation?

La première est que les démocrates vont nettement renforcer leur influence puisque les présidences de toutes les commissions reviennent au parti majoritaire. Désormais, c'est eux qui également vont régler le calendrier de présentation des projets de lois et vont donc pouvoir freiner les actions du Président en retardant leur dépôt, en proposant des amendements…

Mais il ne faut pas tirer des conséquences planétaires de cette nouvelle configuration politique. Les Américains sont habitués à ce que nous appelons, nous, la cohabitation. C'est la situation antérieure, c’est à dire les deux chambres en majorité du même parti que le président, qui n'est pas courante. Un seul exemple : depuis 1994, Clinton a dû faire face à la majorité républicaine au Congrès. Cela ne l'a pas empêché de se faire réélire entre temps.

Aux USA, la cohabitation est une situation normale.

Et puis, il est utile de préciser que la cohabitation américaine n'a rien à voir avec celle que nous connaissons en France. Chez nous, c'est une situation anormale, car le Président perd de son pouvoir en période de cohabitation, au profit d'un Premier ministre qui nourrit parfois l’ambition d’accéder à la présidence. Aux Etats-Unis, il n'existe pas de Premier ministre. Le Président ne perd pas ses pouvoirs. L'exécutif, c'est lui. Il a juste besoin d'une certaine collaboration du Congrès pour faire voter ses lois. Inversement, le Congrès a besoin du Président pour les faire exécuter.

-TF1.fr : Quelles seront les principales difficultés pour Bush désormais pour faire appliquer sa politique ?

La stratégie de George W. Bush va désormais consister à rallier quelques démocrates dans le camp des républicains pour revenir à l'équilibre. Ce ne serait pas une première. Bush est récemment parvenu à faire passer une diminution de la ponction fiscale grâce au renfort de voix démocrates. Concernant la politique énergétique, il existe aujourd'hui aux Etats-Unis une forte opposition à la remise en route des centrales nucléaires par exemple. Ce problème transcende largement les clivages politiques. Pour ratisser le plus large possible, le Président va donc devoir mener une politique plus centriste. Par ailleurs, les élus ne votent pas de manière monolithique. Ils votent en fonction de la volonté des habitants de leur Etat. Leur objectif est avant tout d'être réélus.

Par Alexandra Guillet le 27 mai 2001 à 13:17
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