50 cadavres qui accusent Milosevic

Par Franck LEFEBVRE , le 25 mai 2001 à 14h25 , mis à jour le 25 mai 2001 à 14h55

Selon un membre du ministère serbe de l'Intérieur, Milosevic aurait ordonné en mars 1999 le "nettoyage" de toute trace des exactions commises au Kosovo par les forces serbes. Un camion chargé de cadavres, retrouvé il y a deux ans dans le Danube, pourrait apporter la preuve de cette tentative d'effacer les stigmates du nettoyage ethnique.

milosevic © INTERNE

En avril 1999, pendant les bombardements de l'Otan, un camion immatriculé au Kosovo était retrouvé dans le Danube. Il contenant une cinquantaine de cadavres. A l’époque, la découverte était passée sous silence. Aujourd’hui, l’affaire revient à la surface… Et la presse serbe exhume ces mystérieux cadavres, qui pourraient bien être une nouvelle preuve des exactions commises par les troupes de Milosevic au Kosovo.

Depuis sa prison de Belgrade, Milosevic dénonce "le génocide du peuple serbe sous les auspices de l'ONU"

Une thèse confortée ce vendredi par Dragan Karleusa, chef du département chargé de la lutte contre le crime organisé au ministère serbe de l'Intérieur. "Slobodan Milosevic a ordonné à Vlajko Stojiljkovic (l’ancien ministre de l'Intérieur) de détruire toutes les traces susceptibles de fournir des preuves que des crimes ont été commis" par les forces yougoslaves au Kosovo, affirme-t-il. "En mars 1999, les responsables du ministère de l'Intérieur ont consacré une réunion au problème du nettoyage au Kosovo des théâtres d'opérations afin d'enlever les victimes civiles susceptibles de faire l'objet d'éventuelles recherches du TPI". Ces cinquante corps proviendraient de ce "nettoyage"…

Comment "nettoyer" le Kosovo

L’étau se resserre un peu plus autour de l’ex-président yougoslave. Pour l’heure, il est toujours détenu sous la présomption d'abus de pouvoir et de malversations financières. Son Parti socialiste (SPS) et la Gauche yougoslave (JUL, néo-communiste) de son épouse Mira Markovic mènent une campagne pour qu'il puisse se défendre en prévenu libre. Mais sa comparution devant le TPI n’est sans doute qu’une question de temps. Certes, Vojislav Kostunica s’efforce de gagner du temps avant de transférer le plus célèbre détenu du pays devant une juridiction qu’il n’estime guère et dont l’impopularité en Serbie est flagrante. Mais le projet de loi sur la coopération avec le TPI, qui permettrait notamment l’extradition de Milosevic, est en voie d’adoption. Et les exactions des forces serbes au Kosovo en 1998-1999 sont de moins en moins un tabou en Serbie, comme en témoigne le remue-ménage suscité à Belgrade, deux ans après les faits, par les cinquante morts du Danube…

Face à ces menaces de plus en plus précises, que fait Milosevic ? Il vitupère. Jeudi encore, il a refusé la visite d'un représentant du Comité Helsinki des droits de l'Homme pour la Serbie, qui voulait pourtant vérifier que le détenu de Belgrade jouit bien de "tous les droits qui reviennent à un prisonnier politique". L’ex-président yougoslave lui a suggéré "d'aller au Kosovo où se déroule le génocide du peuple serbe sous les auspices de l'ONU".

Par Franck LEFEBVRE le 25 mai 2001 à 14:25
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