Fin de balade pour un vieux nazi

Par Léonard VINCENT , le 30 mai 2001 à 17h48 , mis à jour le 29 mai 2001 à 18h45

Un magistrat australien a prononcé mardi un ordre d'extradition vers son pays natal pour l'ancien officier pro-nazi Konrad Kalejs. Responsable des gardes du camp de Salaspis, en Lettonie, l'homme, âgé de 87 ans, n'a fini par être inquiété qu'en 1994.

australie lettonie nazi nazisme konrad kalejs © INTERNE

Le tribunal a assigné à résidence ce vieux "bon voisin" paisible dans une maison de retraite de Melbourne.

Konrad Kalejs était présent à l'audience du tribunal de Sydney, mardi, pour y entendre un juge prononcer un ordre d'extradition vers la Lettonie le concernant. En fauteuil roulant, l'homme âgé de 87 ans a écouté ses avocats souligner que leur client souffrait de démence sénile, de cancer, ainsi que de cécité et qu'il était presque sourd. "Il lui est donc impossible d'être jugé de manière équitable", ont-ils affirmé. Mais en fin de compte, le tribunal a toutefois assigné à résidence ce vieux "bon voisin" paisible dans une maison de retraite de Melbourne, le contraignant à restituer son passeport et à s'abstenir de se rendre dans tout endroit d'où il aurait la possibilité de gagner l'étranger.

Depuis des mois, l'homme faisait l'objet d'une curiosité toute particulière, tant de la part du Centre Simon Wiesenthal, qui traque les anciens nazis dans le monde, que de la part des autorités du royaume britannique et des journalistes. Le dénommé Konrad Kalejs est accusé d'avoir été l'un des responsables d'une unité auxiliaire de la police du Reich en Lettonie, son pays d'origine, et aurait dirigé les gardes du camp de concentration de Salaspis, près de Riga. Le Commando de Viktors Arajs, dont il aurait été l'un des lieutenants, est tenu pour responsable de l'assassinat de 30.000 juifs, communistes et tziganes en 1942 et 1943.

A l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, Konrad Kalejs s'était exilé en Australie dont il avait obtenu la nationalité en 1957, puis avait rejoint les Etats-Unis en 1959 pour y fonder une entreprise, d'où il avait été expulsé en 1994 à la suite d'enquêtes sur son passé. Réfugié au Canada, il avait été également expulsé vers l'Australie pour les mêmes raisons en 1997. Malgré les enquêtes et les décisions de justice, le vieil homme n'a jamais fait l'objet d'une quelconque décision coercitive. De tergiversations en discussions de points juridiques, chaque pays se renvoyait la balle.

Employé dans le camp d'immigrés de Bengellia, il aurait alors fourni des renseignements sur les différentes communautés ethniques.

Pour autant, Konrad Kalejs était reparti couler une paisible retraite sur le sol australien. L'affaire était d'autant plus embarrassante pour le gouvernement que Konrad Kalejs pourrait, selon un journal australien, avoir été un espion des services secrets. Employé dans le camp d'immigrés de Bengellia (Victoria) à partir de 1950, chargé de la délivrance des cartes d'identité des immigrés sans papiers, il aurait alors fourni des renseignements sur les différentes communautés ethniques. On craignait donc que le feuilleton Kalejs s'épuise de lui-même, malgré l'accumulation de preuves et de témoignages. Mais le droit international devrait interdire à Konrad Kalejs de continuer sa balade.

Par Léonard VINCENT le 30 mai 2001 à 17:48
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