Gaza sous le feu de Tsahal

Par Franck LEFEBVRE , le 19 mai 2001 à 10h58 , mis à jour le 18 mai 2001 à 11h18

Une nouvelle étape a été franchie dans la violence au Proche-Orient. Après un attentat suicide perpétré vendredi par un membre du Hamas, Tsahal a lancé des ripostes meurtrières. Pour la première fois, Israël a utilisé des avions de chasse pour attaquer les territoires palestiniens. Bilan : 12 morts.

bombardement gaza © INTERNE

Lors de son arrivée au pouvoir, Ariel Sharon avait promis de rétablir la sécurité. Une promesse qui, dans les faits, s’est traduite par un durcissement de la position israélienne et une logique du "coup pour coup" : aucune attaque palestinienne, aucun mort israélien ne devaient rester impunis. Les ripostes de Tsahal ont été de plus en plus dures, allant jusqu’à la réoccupation d'une partie de la bande de Gaza sous contrôle palestinien. Face à cette radicalisation, les attaques palestiniennes ont changé de nature : aux foules de jeteurs de pierres ont succédé les terroristes anonymes, visant en priorité des colons juifs, ou les kamikazes porteurs de bombes. Une confrontation qui prend de plus en plus l’aspect d’une guerre ouverte, et dont la violence a franchi vendredi une nouvelle étape : pour la première fois dans ce conflit, Tsahal a utilisé vendredi des chasseurs pour bombarder les territoires occupés, en représailles à un attentat suicide, faisant 15 morts et plus de 150 blessés chez les Palestiniens.

La violence en cascade

Un nouvel attentat a eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi au coeur de Jérusalem. Une bombe, placée dans l'un des rares cafés ouverts malgré le Shabbat. Il n'y a pas eu de blessés, mais des façades en verre et des vitres ont été soufflées par le choc.
Samedi, un membre des forces de sécurité palestiniennes a été tué lors d'un rais de l'armée près de Jénine. Près de Ramallah, un officier israélien a été abattu par des tireurs palestiniens à bord de sa voiture. Sa mère a été grièvement blessée.

Au Liban-Sud, enfin, des avions ont survolé vendredi l'ouest et le centre de la vallée de Bekaa. 

Les raids israéliens se sont succédé tout au long de l’après-midi. Dans la bande de Gaza, l'armée de l'air israélienne a bombardé une cible proche du bureau de Yasser Arafat à Gaza, tandis qu'un F-16 et des navires israéliens prenaient pour cible le siège de la petite Marine palestinienne à Beit Lahia, plus au nord. Les raids ont fait dix blessés. Egalement visées : Ramallah et Naplouse, où les raids ont fait 12 morts (trois corps ont été dégagés samedi matin) et 45 blessés, ainsi que Tulkarem, d’où était originaire le kamikaze palestinien. Parlant d'"escalade très dangereuse", l'Autorité palestinienne a appelé la communauté internationale à faire cesser les "massacres" de Palestiniens.

"Les Palestiniens vont payer très cher"

De son côté, le gouvernement israélien reconnaît pleinement l’ampleur de la riposte et l’emploi des avions de chasse. "Ce n'est sûrement pas la dernière fois que nous (les) utilisons", a déclaré Danny Naveh, ministre sans portefeuille, ajoutant : "Les Palestiniens vont payer très cher". Les autorités israéliennes justifient ces bombardements par la "gravité" de l'attentat survenu vendredi matin à Netanya, station balnéaire du nord d'Israël, le plus meurtrier depuis l'entrée en fonction du Premier ministre Ariel Sharon. Un attentat dont Raanan Gissin, porte-parole d’Ariel Sharon, a désigné ouvertement comme responsables Yasser Arafat avec sa "vague d'incitations à la haine", ainsi que "les médias officiels de l'Autorité palestinienne qui appellent jour après jour à tuer des juifs".

Cette volonté de punir, "œil pour œil, dent pour dent" risque de trouver un écho plus que favorable parmi une population israélienne qui vit dans la crainte des attaques terroristes et traumatisée par l’attentat de Netanya. En fin de matinée, un kamikaze palestinien faisait exploser la charge qu'il transportait sur lui devant un centre commercial bondé en ce vendredi, quelques heures avant le début du Shabbat. Bilan de l’attentat, revendiqué peu après par le Hamas : six morts (outre le terroriste) et une centaine de blessés. Selon la police, le nombre de victimes aurait été plus élevé si le kamikaze, qui a attiré l'attention en raison de sa tenue vestimentaire (un manteau pour dissimuler les explosifs), n'avait pas été interpellé par les vigiles du centre.

Par Franck LEFEBVRE le 19 mai 2001 à 10:58
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