Macabre record pour la Jamaïque

Par Léonard VINCENT , le 11 mai 2001 à 17h44 , mis à jour le 10 mai 2001 à 18h18

Alors qu'aujourd'hui marque le 20e anniversaire de la mort de Bob Marley, tf1.fr fait le point sur un fléau qui défigure la Jamaïque : la violence policière. En moyenne, 150 personnes meurent sous les balles des forces de sécurité chaque année, dans un pays de 2,6 millions d'habitants.

jamaique police © INTERNE

Braeton, Jamaïque, le 14 mars dernier à 5 heures du matin. Soixante agents de police encerclent une maison. La version officielle, fournie par la police jamaïcaine et citée par Amnesty international dans un rapport du mois d'avril, stipule que lorsque les forces de l'ordre ont frappé à la porte, on leur a tiré dessus. Ils auraient alors répliqué, tuant 7 jeunes hommes.

"La version des voisins est différente, affirme Amnesty international. D'après les témoignages recueillis, la police a capturé cinq jeunes hommes, les a battu dans le jardin devant la maison, puis les a exécuté l'un après l'autre." Les voisins auraient ainsi décrit les "suppliques déchirantes" des cinq garçons, demandant aux policiers qu'ils les épargnent. "L'un des voisins, continue Amnesty, ayant répondu à ces appels en s'avançant vers la scène, a été abattu." Un autre aurait également été tué, alors qu'il tenait encore sa brosse à dents à la main.

Au palmarès des polices meurtrières

Cette scène n'est que l'une des nombreuses exactions commises par la police jamaïcaine et dénoncée par l'ONG britannique. Selon ses statistiques, plus de 1.400 personnes auraient ainsi été exécutées depuis 10 ans. Pour la seule année 2000, 140 civils auraient trouvé la mort sous les balles des forces de l'ordre. Un record du monde, dans un pays qui compte 2,6 millions d'habitants. A titre d'illustration, au prorata de la population, cela représenterait 3.500 morts dues aux bavures en France pour une seule année.

"Le plus souvent, la version policière est contredite par des témoignages visuels et les expertises criminelles, poursuit le rapport d'Amnesty international. La vérité reste souvent inconnue." Car non seulement les coupables ne sont presque jamais punis, mais la hiérarchie est souvent directement responsable des enquêtes bâclées, étouffées ou détournées, effectuées par les autorités jamaïcaines.

Malgré ses engagements internationaux, la Jamaïque demeure en effet l'un des pays les plus violents, où les chercheurs de l'ONG ont répertorié et documenté trois types de violations des droits de l'homme par les forces de police : "Exécutions extra-judiciaires : assassinats illégaux et volontaires, commis sur ordre du gouvernement ou bénéficiant de sa complicité ou de son silence. Utilisation injustifiable d'une force meurtrière, lors d'opérations d'arrestations, sans qu'une interpellation sans violence n'ait été tentée au préalable. Utilisation injustifiable d'une force meurtrière, lors d'opérations d'arrestations sans que les suspects ne présentent de danger pour la vie d'autrui."

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Par Léonard VINCENT le 11 mai 2001 à 17:44
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