Après le tollé international soulevé par les premiers démêlés du président américain avec l’Irak, et l’épisode malheureux de l’avion-espion "accidenté" en Chine, George W. Bush tenait à se montrer conciliant. Mais mardi, lors de son discours à Washington, il n’a rien cédé sur le fond. Malgré quelques mots rassurants à destination des Russes ou des Européens, les Etats-Unis vont bel et bien se doter d’un bouclier anti-missiles – résurrection d’un projet à l’efficacité stratégique douteuse, qu’on aurait pu croire enterré, et qui va rendre caduc le traité antimissiles ABM de 1972.
 Le discours de George W. Bush, mardi à Washington - DR |
L’argument est connu : le traité ABM a près de 30 ans d’âge, il a été élaboré à une époque où le contexte international était celui de la guerre froide ; il n’est plus adapté aux réalités du jour. Le président américain a eu beau jeu d’affirmer que les Etats-Unis et leurs alliés devaient "travailler ensemble pour remplacer ce traité avec un nouveau cadre qui marque une rupture claire et nette avec le passé, surtout avec l'héritage antagoniste de la guerre froide". Sous-entendu : la menace ne vient plus de l’ex-Union soviétique, mais plutôt de petits Etats susceptibles d’exercer un jour un chantage à l’arme nucléaire, comme l’Irak ou la Corée du Nord… Justification a posteriori pour une décision largement attendue : le déploiement "de défenses antimissiles pour renforcer la sécurité globale et la stabilité" Ce système, visant dans un premier temps à protéger les Etats-Unis et leurs alliés contre des "menaces limitées", utiliserait des technologies basées sur terre, sur mer et en l'air "pour intercepter les missiles à mi-course ou quand ils rentrent dans l'atmosphère".Des émissaires pour vaincre les réticences européennes
 Le traité antimissiles ABM de 1972 va devoir subir une refonte complète - DR |
Parallèlement, George W. Bush a fait quelques gestes de bonne volonté. A destination de Moscou : "nous pouvons avoir des divergences avec la Russie mais nous ne saurions être des adversaires stratégiques", a jugé le président Bush. Au contraire, a-t-il dit, Moscou et Washington partagent des menaces similaires. George W. Bush s'est aussi déclaré en faveur d'une réduction de l'arsenal nucléaire américain, dans un geste considéré comme un effort pour que la Russie accepte son projet de bouclier antimissiles. Autre signe de conciliation, destiné cette fois à l’Europe et à l’Asie : le président américain a annoncé l'envoi la semaine prochaine de hauts responsables américains dans plusieurs pays pour mener des consultations sur le projet de bouclier antimissile. Un envoi d’émissaires présenté par le président américain comme une preuve concrète de sa volonté de concertation. "Nous ne mettons pas nos alliés et amis face à des décisions unilatérales", a affirmé George W. Bush. "Nous voulons entendre leurs positions et les prendre en compte".Ces délégations, qui se rendront dans des pays d'Asie et d'Europe, seront dirigées par le secrétaire d'Etat adjoint Richard Armitage, le sécrétaire à la Défense adjoint Paul Wolfowitz et le conseiller adjoint pour les Affaires de sécurité nationale Stephen Hadley.